Workspace Expo : une édition sous le signe du bien-être

Workspace Expo : une édition sous le signe du bien-être

En parcourant les allées de cette 10e édition de Workspace, le constat est clair : après la modularité et la flexibilité, le bien-être au travail devient la question centrale des aménagements des bureaux. Une thématique dont se sont emparés la majeure partie des exposants, en valorisant des solutions, en marge des problématiques sociales et environnementales actuelles.

Cabines acoustiques dernière génération, mobilier recyclé, systèmes modulables et instinctifs, les exposants de cette édition anniversaire ont clairement misé sur le confort et le bien-être tout en maintenant un développement des process en respect de l’environnement.

Des marques engagées et responsables

Marque engagée lancé par Moore Design, Less is Moore développe des solutions qui repensent les bureaux en prenant en compte les attentes actuelles de ses clients. Tout le mobilier fabriqué par la marque est conçu à partir de matériau issu de matière recyclée ; l’entreprise souriant les innovations pour aider leurs partenaires à passer à une production à l’échelle industrielle. Ainsi, sur le stand Moore, on retrouvait des plateaux de tables faites à partir de coquilles de moules ou d’huître, des dossiers de chaises à partir de chutes de jean ou toiles de jutes. On retrouvait notamment des plateaux de tables de bureaux, de casiers, réalisés avec Le Pavé, qui les fabrique à partir de plastiques recyclés. Toujours distributeur, Moore Design, exposait aussi des tabourets de Komut, éco-conçus à partir de matière recyclée ou bio-sourcée et fabriqués en impression 3D. Différents produits de Moore étaient d’ailleurs exposés sur l’espace tendance du salon, scénographié par Karl Petit, qui proposait pour le visiteur pressé un condensé des innovations du salon.

Les tables et chaises de Less is Moore sont faits à partir de coquilles de moules, d'huitre et à partir de jean recyclés ou toiles de jutes

Les tabourets de chez Komut sont réalisés en impression 3D avec des matériaux bio-sourcés

Des solutions toujours plus instinctives et pratiques

Tables à hauteur réglables ou ensemble de tables et chaises hautes, les stands valorisaient la nécessité de changer facilement de position assise ou debout au cours d’une journée de travail. Parmi les différents systèmes de réglages toujours plus fins, et réglables facilement, Mara présentait ses best-sellers toujours bluffants dans leur principes brevetés : un simple système de verrin mis au point en interne par les équipes de recherche et développement qui met un réglage de hauteur rapide et intuitif, sans faire appel à un système électrifié ou gazeux. Un principe d’innovation qui continue d’être la signature de la maison italienne, avec des systèmes de rangements ultra ergonomiques.

Le stand Setting Colors de Mara présentait ses best-sellers au système intuitifs et réglables facilement

Dans cette optimisation des valeurs sûres, sur le stand d’à côté, Vitra présentait pour la première fois au public Joyn 2 et Abalon, désignées par les frères Bouroullec. Un système de table plus que jamais multifonctions pour répondre aux besoin de connexion, tout en invisibilisant au maximum les câbles. Une table de 6 mètres reposant subtilement sur deux pieds, et vécue comme un espace instinctivement partagé, facilitant ainsi les échanges en offrant du vis-à-vis entre les collaborateurs ou en choisissant la concentration avec l’intégration de séparateurs d’espace. On notera aussi le sofa Abalon, recouvert d’un tissus Kvadrat d’une élasticité interessante, travailler dans sa forme et son matériau pour le confort du repos de la tête ; et offrant une protection acoustique intéressante, comme nous avons a pu le tester en direct dans le brouhaha du salon.

La collection Abalon, composé du tabouret Abalon Plateform, de la table basse Abalon Table et du canapé Abalon Sofa, design : Ronan & Erwan Bouroullec © Vitra

Les cabines acoustiques en plein essor

Difficile aussi en parcourant les stands de ne pas prendre conscience de la réalité des nouveaux aménagements d’espace avec des propositions de structures pour former des îlots acoustiques, voire la prolifération sur ce salon, des propositions de  cabines acoustiques : entre réaménagements des open spaces pour plus d’intimité des appels et le développement incontournable des espaces de coworking, ces espaces fermés sont autant des cabines d’appels pour des réunions privées que des espaces d’accueil de visioconférences partagées. On notera la proposition intéressante de la société française Work with Islands, lancée en 2018, qui propose des solutions de cabines acoustiques isolantes, allant d’une à quatre personnes. Des « ilots de sérénité », fabriqués et assemblés en France, en utilisant un maximum de matériaux recyclés, notamment du jean.

Work with islands proposent des cabines acoustiques d'une à quatre personnes

La marque anglaise Spacestor a développé Arcadia, des modules acoustiques qui permettent de créer des espaces intimistes selon les envies

Silvera mettait en avant sur son stand les structures Arcadia de l’entreprise anglaise Spacestor : un système modulable, développé en collaboration avec le cabinet d’architectes Gensler sur près de deux ans, dont les modules s’assemblent selon la configuration souhaitée. Un espace « igloo », à la douceur acoustique pour créer un espace de réunion apaisant sur un plateau grâce à des systèmes sous formes d’arches, qui permettent des échanges en duo ou des conversations protégées dans une alternative à la cabine fermée. Ces solutions isolantes se fixent en quelques vis et sont disponibles en plusieurs couleurs, en cinq modules différents et personnalisables selon les envies. D’autres marques – notamment scandinaves – présentaient aussi des systèmes de panneaux muraux acoustiques modulables pour la qualité sonore des espaces.

Séparateurs d’espace entre rangements et déco végétale

De nombreux éditeurs ont aussi proposés des solutions de rangements modulables et multifonctions, alternant rayons de bibliothèques, casiers fermés ou espaces ajoutrés accueillant des plantes. Voire totalement dédiés aux plantes comme l’exposait le système Hévéa de Pedrali dévoilé à Milan l’an passé. On pouvait aussi remarquer çà et là, la multiplication d’accessoires liés à l’accueil de plantes (vases, pots déplaçables). Et si l’on avait vraiment encore un doute sur la place réservée au végétal au bureau, la présence de murs végétaux ou d’entreprises de services dédiées comme Akagreen achevaient de convaincre sur l’intégration aujourd’hui évidente des plantes dans un environnement de travail.

Déplacer l’espace de travail à l’extérieur

Généralement associé à un temps de pause, l’espace extérieur avait pourtant été investi par beaucoup au moment de la crise sanitaire. C’est en partant de ce constat que les fondateurs de la French Cabine – habituellement davantage sur le secteur des pergolas – ont imaginé des « bulles », adaptées pour le travail en extérieur. Ces structures en bois forment des micros-cabines optimisées qui peuvent se déplacer sur roulettes, et qui prennent en compte les besoins nécessaires pour un travail en extérieur : le toit ajouré assure un espace ombragé pour travailler sur écran, voire contient des suspensions pour s’éclairer en session nocturne, une banquette confortable et un système de prise pour charger son ordinateur. Une volonté de prouver que l’on peut travailler au grand air, et que les terrasses ne sont pas réservées aux seuls temps de pause.

Les French Cabine ont été conçues pour s'adapter au travail en extérieur avec un toit ombragé, des assises confortables et des prises électriques © La French Cabine

Cette nouvelle édition de Workspace Expo, très riche en propositions, reconfirme une fois de plus une position de leader en terme de présentation pour l’aménagement des espaces de travail, tout en mettant l’accent cette année sur les efforts fournis par le secteur pour s’inscrire dans des démarches respectueuses de l’environnement.

Rédigé par 
Maïa Pois

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4/6/2026
Frédéric Sofia × Kettler : Radical et sensible

Avec Latitude, Frédéric Sofia redonne souffle à Kettler, marque allemande emblématique du mobilier de jardin et du sport en sommeil. Une collection au design juste et sensible, dont le minimalisme efficace reflète autant la pensée du designer que l’esprit fondateur de la marque.

Ses volumes francs, simples et géométriques, à rebours de toute démesure formelle, s’imposent avec une évidence tranquille.

« Le design industriel, c’est une aventure affective qui engage toutes les parties, confie Frédéric Sofia. Je me suis très bien entendu avec cette marque patrimoniale quelque peu oubliée, et qui m’a offert tous les moyens humains, financiers et techniques nécessaires au projet. »

Lancé il y a deux ans à peine, celui-ci a demandé une année intense de réflexion et de recherche, puis une autre consacrée à l’industrialisation.

Chaises, collection Latitude, Frédéric Sofia, Kettler, 2025

Réinventer une icône allemande

Le brief initial était ambitieux : concevoir une famille de mobilier unie par un même langage formel destinée aux marchés contract – hôtellerie, restauration, espaces lounge ou piscine –, mais aussi, à terme, adaptable au retail et accessible aux amateurs de design.

Chaises, fauteuils, tables, canapés modulables, bancs, repose-jambes, parasols, daybeds, sunloungers… Tout un vocabulaire du confort contemporain d’extérieur.

Pour Sofia, le défi était double : répondre aux contraintes de la marque tout en imaginant une gamme cohérente et inédite, capable de redonner à Kettler une véritable identité, elle qui avait manqué le virage du design.

« Kettler est une marque historique et populaire en Allemagne, explique-t-il. Je voulais trouver un design qui parle à ses racines, à l’échelle européenne. »

Née en 1949 en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l’entreprise, forte de plus de soixante ans d’expérience, a d’abord conçu des équipements de loisirs – vélos, jouets comme le célèbre Kettcar (1962) –, avant de se spécialiser, dans les années 1970, dans le mobilier outdoor. Portée par sa philosophie de qualité, de durabilité et de confort, elle s’est rapidement imposée à l’international.

Set de bar, collection Latitude, Frédéric Sofia, Kettler, 2025

« Revenir à la source »

Fidèle à sa méthode d’écoute, d’observation et de réflexion, Frédéric Sofia choisit de « revenir à la source ». Il oriente ses recherches vers une esthétique industrielle à la fois radicale et sensible : un design dépouillé, exigeant, précis, où la forme et la fonction se répondent.

Entre l’esprit Wedge Design de Giorgetto Giugiaro, le créateur de la Golf 1 pour Volkswagen, et le fonctionnalisme humaniste de Dieter Rams (Braun), Latitude se déploie comme un manifeste de clarté et de justesse.

La gamme affirme une personnalité discrète et novatrice.

« Le noyau dur de la collection, c’est le bridge. Sur le marché du mobilier en métal, la demande de coussinage est forte mais souvent traitée après coup. J’ai donc imaginé, dès le départ, un système de coussins amovibles, intégrés au design et personnalisables selon les besoins du client. »

Coussin amovible, collection Latitude, Frédéric Sofia, Kettler, 2025

Un design durable, rationnel, technique

Ainsi naît une collection d’une ampleur rare dans le mobilier outdoor, une des plus vastes du marché, selon le designer.

Les premières versions, aux tonalités douces et poudrées (vert, gris clair, taupe), seront suivies d’autres coloris.

Alliant la pensée honnête du créateur de la chaise Luxembourg éditée par Fermob à la rigueur industrielle allemande, Latitude célèbre l’amour de Sofia et de Kettler pour l’aluminium : durable, léger, sensible à la lumière.

Fines et nervurées, évoquant une carte topographique, ses lignes sont constituées de pièces moulées sous pression (« die casting ») et d’aluminium extrudé – totalement recyclable, intégrant jusqu’à 50 % de matière recyclée.

Robuste, réparable, intemporelle, la collection est conçue pour durer.

Présentée en avant-première chez Silvera pendant la Paris Design Week et à Maison&Objet, Latitude inaugure pour Kettler une nouvelle ère : celle d’un design à la fois rigoureux, sensible, sobre, géométrique et radical.

Latitude, ou le réveil de la belle endormie.

« Le design industriel, c’est une aventure affective qui engage toutes les parties », confie Frédéric Sofia.

Collection Latitude, Frédéric Sofia, Kettler, 2025
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28/5/2026
Festival des Cabanes : architectures refuges

Derrière les murs de la Villa Médicis, les jardins historiques de l’Académie de France deviennent, chaque été depuis 2022, le théâtre d’une expérience singulière : celle d’une architecture qui ne cherche plus à dominer le paysage mais à dialoguer avec lui. Pour sa cinquième édition, le Festival des Cabanes confirme plus que jamais cette ambition.

Imaginé par Sam Stourdzé, directeur de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis, le festival est né d’un paradoxe. Comment intervenir au cœur d’un site patrimonial parmi les plus sensibles d’Italie (classé, archéologique, quasiment inconstructible) sans figer davantage le lieu ? Comment faire entrer l’architecture dans les jardins sans les transformer en décor d’exposition ? La réponse prend la forme d’un mot presque enfantin : la cabane.

« La cabane, c’est un mode de pensée », explique Sam Stourdzé. « On peut penser en cabane, habiter en cabane, cela déplace la perspective et requestionne les fondamentaux. » Derrière cette apparente simplicité se dessine pourtant une réflexion extrêmement contemporaine sur l’architecture : une architecture légère, réversible, non invasive, pensée non plus contre son environnement mais avec lui.

Car ici, la contrainte devient manifeste théorique : impossible de creuser à plus de trente centimètres dans ce sous-sol archéologique, impossible également d’inscrire ces constructions dans la permanence. Les équipes invitées disposent de quelques mois pour construire, exploiter puis démonter leurs projets. Cette temporalité courte, presque fragile, inverse radicalement les logiques héritées du XXe siècle. À la monumentalité succède l’attention, au geste autoritaire une forme d’écoute du vivant.

IT : De la légèreté d’être et de bâtir

Cette année, six propositions internationales investissent les jardins de la Renaissance. Certaines relèvent du manifeste expérimental, d’autres d’une approche plus sensorielle ou climatique. Toutes interrogent cependant une même idée : celle d’un habitat capable de composer avec son milieu.

Le projet le plus spectaculaire est peut-être Il Duomo Invertito du studio belge Bento Architecture. Suspendu entre ciel et végétation, ce dôme filaire composé de bois et de mycélium détourne l’archétype monumental romain pour le transformer en structure presque immatérielle. Ses milliers d’éléments organiques destinés, une fois le festival terminé, à être simplement broyés pour retourner à l’état de poussière forment architecture biodégradable, littéralement

À quelques mètres de là, Aquifère, imaginé par les studios PRÌA et VELIA, explore d’autres formes de sobriété. Travertin et jarres en terre cuite y composent un dispositif de refroidissement passif fondé sur l’évaporation naturelle. Plus qu’une installation, le projet agit comme une micro-infrastructure climatique, une tentative de réintroduire des savoir-faire ancestraux dans les villes surchauffées du présent.

Aquifère, imaginé par les studios PRÌA et VELIA © M3 Studio
Aquifère, imaginé par les studios PRÌA et VELIA © M3 Studio

Plus conceptuelle, la proposition développée par ECAL avec Mutina, sous le regard de Ronan Bouroullec, joue quant à elle du trompe-l’œil et de la perception. Une simple façade devient architecture, surface devenant profondeur. Là encore, le festival refuse les catégories figées : certaines cabanes sont des refuges, d’autres des dispositifs théoriques, d’autres encore des espaces de contemplation.

Ecal © M3 Studio

C’est sans doute ce qui distingue profondément le Festival des Cabanes d’une exposition d’architecture classique. Ici, les projets ne cherchent pas à démontrer une puissance formelle ou technologique. Ils assument au contraire une forme d’inachèvement, de recherche ouverte. « On n’est pas dans une logique commerciale, mais dans une logique culturelle », rappelle Sam Stourdzé. Le temps passé à expérimenter devient alors aussi important que l’objet construit lui-même.

Cette philosophie transforme également le rapport du public à la Villa Médicis. Longtemps accessibles uniquement en visite guidée, les jardins s’ouvrent désormais librement durant toute la durée du festival grâce à un subtil dispositif scénographique conçu par le studio Marc Aurel, auquel nous avions consacré un article dans Intramuros 224. En cinq ans, l’institution a presque doublé sa fréquentation pour atteindre près de 150 000 visiteurs annuels. Plus encore qu’un événement architectural, le festival devient un outil de réappropriation du lieu, autant par les Romains que par le public international.

Cette édition 2026 confirme enfin l’élargissement progressif du projet vers une plateforme culturelle plus vaste. Autour des cabanes gravitent désormais librairie éphémère conçue avec la Librairie 7L, conférences, ateliers, lectures, performances et concerts réunis sous le programme Habiter Demain.
Le 25 juin, la Nuit des Cabanes transformera ainsi les jardins en un paysage vivant où architectes, artistes, écrivains et musiciens activeront les installations jusqu’au cœur de la nuit.

À mesure que les crises climatiques remettent en question les modèles de construction hérités du siècle dernier, le Festival des Cabanes apparaît moins comme une parenthèse estivale que comme un laboratoire grandeur nature. Une manière de rappeler qu’habiter ne consiste peut-être plus à construire toujours davantage, mais à apprendre, de nouveau, à occuper le monde avec légèreté.

https://villamedici.it/programme/festival-des-cabanes

Huttopia © M3 Studio
Salazarsequeromedina © Luis Díaz Díaz

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22/5/2024
La chaise Luxembourg, anatomie d’une icône contemporaine

Créée en 2003 par le designer français Frédéric Sofia et éditée par Fermob dès 2004, la chaise Luxembourg a su s’imposer avec discrétion et élégance aux quatre coins du monde.

De la Bibliothèque Nationale de France Richelieu au Art Institute de Chicago en passant par le Humbolt Forum de Berlin, elle a su incarner l’art de vivre à la française et s’affirmer comme l’une des grandes icônes françaises du mobilier outdoor. Réinterprétation de la chaise historique Sénat du Jardin du Luxembourg, elle s’inscrit dans une longue tradition du “redesign”, et s’en émancipe avec élégance par un design minimaliste et sensible, qui a su convaincre au-delà des frontières.

Une genèse audacieuse pour un design résolument contemporain.

Frédéric Sofia soumet dès 2003 à Fermob son idée de transformer en profondeur la chaise Sénat, dans laquelle il voit un terrain de création ludique et contemporain. Il souhaite faire basculer un objet peu confortable à la conception rudimentaire vers une véritable pièce design outdoor. Selon Frédéric Sofia, l’inspiration principale est la chaise Sim de Jasper Morrison (créée en 1999 pour Vitra), elle-même un “redesign” de la 40/4 de David Rowland (créée en 1964), saluée pour sa sobriété radicale. La chaise Luxembourg s’inscrit également dans l’héritage de Philippe Starck et la lampe Miss Sissi pour Flos (1991), dont la forme parle de mémoire collective, concept cher au designer. De ces influences naît la volonté d’explorer un design au croisement entre fonctionnalisme et biodesign, explorant l’équilibre entre rigueur géométrique et biomorphisme.

Un design sensible, entre fonctionnalisme et biodesign.

La chaise Luxembourg se caractérise par un design épuré, et s’émancipe résolument de l’icône patrimoniale qu’est la chaise Sénat. Ancré dans une recherche entre minimalisme industriel et sensibilité organique, les lignes deviennent aériennes, l’ergonomie est complètement repensée et la large gamme chromatique (26 coloris) s’ouvre vers un horizon profondément contemporain. Inspirée par le vivant, sa souplesse évoque le mouvement et le flux, là où la chaise Sénat demeure inerte dans son époque. Traversé par une volonté d’introduire un vent de jeunesse dans la conception même du produit, Sofia choisit dans un geste radical d’intégrer un embout transparent sur le piètement, complètement inédit dans l’univers du mobilier. Inspiré des roues de skateboard, celui-ci parachève un design qui souhaite s’affranchir de toute pesanteur, sans oublier ses origines.

Cette réflexion est prolongée dans l’ensemble de la gamme Luxembourg, qui comprend aujourd’hui bridges, repose-pieds, bancs, tables, tout en restant dans une logique harmonieuse et une cohérence esthétique et conceptuelle. Le bridge conjugue esthétique industrielle et joyeux décalage inspiré par le jeu, dont l’accoudoir est la pièce signature. Dessiné en forme d’ailette, son assemblage audacieux donne l’impression qu’il serait enfilé sur la structure, comme une perle. Ce principe sera décliné pour la table à pied central, et deviendra central dans la cohérence visuelle et l’unité de gamme. Enfin, l’utilisation de l’aluminium parachève une vision industrielle et ergonomique de l’outdoor. Léger, résistant malléable et d’une recyclabilité infinie, ce matériau d’exception traduit une considération profonde pour la fonction première du produit, et aux services rendus par celui-ci.

La “citation silencieuse”, un principe intemporel.

Dans l’histoire du design, nombreux sont les exemples de pièces qui évoquent leurs sources historiques, et qui s’en émancipent par une forte singularité créative. Ce principe que l’on pourrait appeler la “citation silencieuse” se retrouve chez Marcel Breuer, dont la Cesca (1928) est inspirée de la chaise Thonet (1859), ou encore Philippe Starck et sa chaise Ghost (2003), relecture de la chaise à médaillon du XVIIIème siècle. Ce phénomène s’observe également dans l’automobile, avec la New Beetle de Volkswagen (1998), réinterprétation de l’iconique Coccinelle des années 1960 ; ou encore dans le design industriel lorsque Jonathan Ive s’inspire des radios de Dieter Rams des années 1950 pour concevoir les iPods d’Apple dans les années 2000.

L’art du redesign a traversé les décennies, et Frédéric Sofia s’inscrit dans la volonté d’une sublimation de celui-ci. L’inspiration est transformée en œuvre nouvelle, et les échantillons prélevés font émerger une forme neuve et pleinement accomplie. D’un archétype né un nouveau mythe, présent aux quatres coins du monde, nouvelle icône incarnant l’art de vivre à la française. Depuis 2009, la chaise Luxembourg est intégrée à la Collection du Centre National des Arts Plastiques puis au Mobilier National en 2021. Elle est aujourd’hui la preuve que l’histoire et l’héritage peuvent s’entrelacer avec innovation et création, dans un élan émancipateur et poétique.

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22/5/2026
Jean-Philippe Nuel, Isle intérieure

À l'Isle de Leos MGallery Collection, Jean-Philippe Nuel signe un projet profondément enraciné dans l’âme de L’Isle-sur-la-Sorgue, loin des standards interchangeables de l’hôtellerie contemporaine. Ici, le lieu se veut intime, discret, écrin entre soleil et eau, tout en restant ouvert sur l’une des plus charmantes communes provençales.

Installé au cœur de cette ville provençale façonnée par l’eau, les antiquaires et une histoire artisanale dense, l’établissement revendique une forme de discrétion presque domestique. Plus qu’un hôtel, Jean-Philippe Nuel imagine ici une maison ouverte sur son territoire, un lieu où le voyageur est invité à entrer dans une atmosphère avant même de pénétrer dans une architecture. Cette approche, fidèle au vocabulaire de l’architecte et designer, repose sur une tension subtile entre sophistication et simplicité. Bois anciens, pierre, métal patiné, enduits minéraux : les matériaux semblent avoir toujours appartenu au lieu. Les bois de récupération apportent une profondeur tactile et émotionnelle, tandis que l’omniprésence de l’eau traverse le projet comme un fil narratif apaisant.

Hôtel L'Isle De Leos, Studio Jean-Philippe Nuel © Francis Amiand

Chez Jean-Philippe Nuel, le luxe ne s’exprime jamais par la démonstration. Il réside plutôt dans la qualité des textures, dans la justesse des proportions, dans cette capacité rare à produire une sensation d’évidence. À l'Isle de Léos, cette écriture se nourrit également du patrimoine local : les meubles chinés dialoguent avec des pièces contemporaines dans un équilibre particulièrement maîtrisé, brouillant volontairement les frontières entre demeure et hôtel.

Hôtel L'Isle De Leos, Studio Jean-Philippe Nuel ©Francis Amiand

Architecture des objets

Sous une vaste verrière, le bar métallique, la cheminée provençale et la cave à vin apparaissent comme des objets architecturaux autonomes venant structurer l’espace. Ici encore, Jean-Philippe Nuel convoque la mémoire industrielle de L’Isle-sur-la-Sorgue sans jamais tomber dans le pastiche. Le métal brut du bar répond aux anciennes manufactures locales, tandis que le mur de tuiles provençales, traité comme une composition contemporaine, transforme un élément vernaculaire en geste scénographique. Cette capacité à faire dialoguer patrimoine et modernité traverse l’ensemble du projet, du restaurant dont la proximité avec la rivière et la roue à aubes invite le paysage dans l’expérience intérieure, jusqu’au plafond et ses aquarelles “Sarments” évoqueat l’univers viticole et ses rouges et noirs profonds.

Hôtel L'Isle De Leos, Studio Jean-Philippe Nuel ©Francis Amiand

Hospitalité sensible

Les chambres prolongent cette recherche d’une hospitalité plus sensible : les salles de bains s’ouvrent partiellement sur l’espace tandis que les vasques en pierre rappellent les éviers des maisons provençales traditionnelles. Sols rustiques, enduits texturés, commodes chinées, plans quasi-uniques, tout semble pensé pour éloigner le visiteur des codes standardisés de l’hôtellerie.

Hôtel l'Isle De Leos, Studio Jean-Philippe Nuel © Francis Amiand

Inspiré des lavoirs provençaux, le spa échappe lui aussi aux clichés en développant une esthétique minérale, douce et intime, faite d’arches ouvertes, de murs en pierre sèche et d’un bassin surélevé aux larges margelles. Une manière, là encore, d’inscrire le geste architectural dans une mémoire collective locale plutôt que dans un imaginaire de luxe fantasmé. A l’image de son auteur, Jean-Philippe Nuel, une rencontre entre savoir-faire hôtelier et sensibilité, architecture intérieure préférant la sincérité culturelle à la séduction gratuite.

Hôtel l'Isle De Leos, Studio Jean-Philippe Nuel © Francis Amiand

Plus d'information : https://www.jeanphilippenuel.com/

L'Isle de Leos MGallery Collection: https://isledeleos.com/

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