Trottinette T9 : développer la simplicité
©Eric Bobrie

Trottinette T9 : développer la simplicité

La start-up Urban Native dévoile la trottinette T9, son premier projet. Un produit design entièrement repensé pour répondre aux besoins du consommateur dans l'univers urbain.

Une recherche radicale de la simplicité pour réduire l'objet à sa fonction première. Voici l'idée dominante derrière Urban Native, une start-up européenne - entre la France, l'Espagne et le Portugal - à l'origine de la trottinette T9. Spécialisée dans la haute technologie, la société fondée il y a cinq ans, vient de sortir son premier produit. Un moyen de locomotion en apparence classique, mais derrière lequel se cache un savant mélange de sensation et de praticité. Fruit d'une volonté de retrouver la « sensation du ride », et du besoin d'une véritable alliée pour arpenter les villes, la T9 est une invention novatrice. Imaginée frugale mais résistante, elle s'impose comme une petite deux roues sans équivalence sur le marché, et un exemple de design prospectif appliqué à l'univers des mobilités douces. « Nous proposons avec ce produit en titane, un outil permettant d'être en cohérence et en résonance avec les révolutions sociologiques, technologiques et environnementales en cours » explique Julien Vaney, fondateur d'Urban Native.

©Eric Bobrie



Répondre à un besoin urbain

Parti du constat que rien ne lui convenait pour bouger dans Paris avec aisance, vélos électriques trop encombrants et trottinettes trop fragiles ou trop lourdes, Julien Vaney a souhaité révolutionner cet univers. C'est de cette idée première qu'est né le désir de concevoir une nouvelle trottinette faite pour l'environnement urbain. Rapidement, deux lignes directrices se sont dégagées. « D'une part, je voulais remettre du plaisir au cœur du transport en retrouvant des sensations de vitesse et un confort de glisse. D'autre part, j'ai remarqué grâce à mon parcours en maths-physique, que les trottinettes produites sur le marché ne sont pas pensées par des entreprises de deux-roues, mais par des sociétés d'électronique qui intègrent des concepts déjà existants. Or, pour qu'une trottinette fonctionne, elle doit avoir la capacité de rouler comme un vélo, mais le marché actuel ne pense pas vraiment au confort et encore moins à la légèreté, déplore Julien Vaney. Pourtant, c'est une problématique au cœur de son utilisation, car c'est ce qui permet de la rendre portative et amusante à conduire. »

Un cheminement émotionnel et quasi-sociologique qui a guidé quatre années de recherche et de développement,mené par la dizaine de personnes d'Urban Native, mais également par un maillage d'une centaine d'ingénieurs auxquels l'entreprise a fait appel tout au long de cette évolution.

©Riccardo Montanari


Un design pour allier confort et praticité

« Contrairement au développement du vélo étalé sur plus de 150 ans - roues de même taille, puis l'ajout de frein ou encore de vitesses -, celui de la trottinette a été beaucoup plus court. Le drame de cette machine, c'est que si l'on veut en faire un véhicule vraiment performant, il faut tout redessiner. C'est pourquoi nous sommes partis d'une page blanche » relate le fondateur d'Urban Native. Une démarche qui a engagé de nombreux prototypes et la création de nouveaux éléments, comme les roues de douze pouces entièrement dessinées, ou des systèmes novateurs à l’image de la recharge par câble USB type C, une première mondiale pour cette typologie d'objets. Des détails en apparence, mais des atouts en réalité permettant à la T9 d'allier au confort de la pratique, celui de la vie quotidienne. Une double notion due en grande partie au cadre. Fabriquée dans une usine portugaise, cette pièce très résistante en titane absorbe les bosses sans amortisseur grâce aux facultés naturelles de ce matériau. Son architecture ultra-légère de deux kilos, place ce cadre bien en deçà du poids général sur le marché. « C'était une question particulièrement importante également sur le plan de l'autonomie. Avec cette conception efficace, cette batterie et le freinage régénératif, la T9 bénéficie d'une autonomie de 25 kilomètres ! » Mais au-delà de ce facteur, l'aspect formel de la trottinette a également été imaginé pour minimiser son emprise au sol une fois pliée. « Ce n'est pas un facteur anecdotique, car l'encombrement freine souvent les personnes dans l'achat d'un vélo ou dans le fait d'amener sa trottinette sur son lieu de travail » assure Julien Vaney.

©Eric Bobrie

Véritable concentré de design prospectif, la T9, à l'origine de deux brevets, est le reflet d’une philosophie. « Dieter Rams disait “Good design is a minimum design”. Pour nous, il s'agit avant tout de faire valoir un design efficace et environnementalement intéressant en valorisant la pérennité du produit et en remplaçant le superflu par des éléments utiles. » Ainsi, l'appareil n'intègre presque pas de plastique et toutes ses pièces sont facilement remplaçables. « C'est une machine faite pour durer à l'image d'un sac de luxe. Elle doit tenir dans le temps et nous espérons qu'elle deviendra ainsi iconique. C'est pourquoi, après ce projet, nous ne souhaitons pas nous diversifier, mais continuer de sortir d'autres versions de la T9 jusqu'à ce qu'une machine occupe chaque appartement » conclut Julien Vaney.

©Riccardo Montanari
Rédigé par 
Tom Dufreix

Vous aimerez aussi

Temps de lecture
16/6/2026
Les Roches au Lavandou : la méditerranée, matière première

Au Lavandou, Jean-Baptiste Pietri reconstruit un hôtel historique, à la fois spectaculaire et discret, en renouant avec l'essence même du paysage méditerranéen. Car si certains hôtels regardent la mer, d'autres semblent en avoir été extraits. Reconstruit sous la direction de l'architecte Jean-Baptiste Pietri, l’Hôtel Les Roches ne cherche pas à dominer le paysage. Il s'efface au contraire derrière lui, jusqu'à donner l'impression d'avoir toujours été là.

Accroché à la falaise d'Aiguebelle, face aux îles d'Hyères, cet hôtel emblématique de la côte varoise a longtemps occupé une place particulière dans l'imaginaire méditerranéen. Créé dans les années 1930, il faisait partie de ces établissements dont la réputation reposait moins sur le luxe ostentatoire que sur une relation privilégiée à la mer, à la lumière et au paysage. Au fil des décennies cependant, extensions successives et interventions disparates avaient progressivement altéré la cohérence du lieu.

Lorsque l'heure de sa renaissance sonne, Jean-Baptiste Pietri choisit de ne pas restaurer l'existant. Il préfère reconstruire pour retrouver l'esprit originel du site. Avec l’intelligence, la vison, et la patience des 13 ans nécessaires à ce projet complexe, ambitieux, à fois monumental et, presque, discret.  Une démarche qui pourrait sembler paradoxale mais qui constitue sans doute la clé de lecture du projet : retrouver une évidence perdue.

Les Roches © Nicolas Anetson

Les Roches © Nicolas Anetson

Navire sédentaire

Le premier mérite des Roches est de ne jamais chercher à dominer son environnement. Plutôt qu'un volume unique faisant face à la Méditerranée, l'architecte imagine une succession de bâtiments qui accompagnent la topographie naturelle. L'hôtel se fragmente, se découpe, épouse le relief. Les différents corps bâtis s'insèrent dans la pente comme autant de strates minérales entre la roche et le ciel. Cette fragmentation produit un effet remarquable : le projet ne se découvre jamais d'un seul regard. Il se révèle progressivement, au fil des cheminements extérieurs, des escaliers, des terrasses et des percées visuelles. À chaque niveau, la mer apparaît différemment. L'architecture devient une expérience de parcours plus qu'un objet à contempler. On est ainsi frappé par cette capacité du projet à produire une succession de séquences presque cinématographiques. Ici, une terrasse suspendue au-dessus de l'eau. Là, un mur de pierre qui cadre l'horizon. Plus loin, une faille végétalisée qui laisse pénétrer la lumière. Chaque déplacement modifie la perception du paysage.

Car aux Roches, la Méditerranée n'est jamais un simple décor. Elle irrigue littéralement le projet. Dans le dessin des espaces extérieurs d'abord. Le terrazzo, aux omniprésentes déclinaisons, ondulent comme des lignes de houle, prolongeant symboliquement le mouvement de l'eau jusque dans l'architecture du pont principal. Ce détail, pouvant passer inaperçu, résume pourtant une partie de la grande intelligence du projet : faire entrer le paysage dans le bâtiment plutôt que se contenter de l'encadrer, à l’image du bleu Klein en subtile fil rouge intérieur. La référence maritime apparaît également dans le traitement des terrasses et des débords de dalle. Percés de motifs circulaires, ces éléments en béton fibré ultra-hautes performances filtrent la lumière méditerranéenne tout en évoquant subtilement l'univers naval. Vu depuis les niveaux inférieurs, leur silhouette rappelle parfois celle d'une coque suspendue au-dessus du vide. Cette évocation n'a rien d'anecdotique, les quarante chambres et suites ayant elles aussi été pensées comme des cabines ouvertes sur l'horizon. Car ici, la décoration, c’est la mer, avant toute chose.

Les Roches © Nicolas Anetson

Matières méditerranéennes

Comme dans nombre de ses réalisations, Jean-Baptiste Pietri accorde une attention particulière à la matérialité. Le projet repose sur un dialogue permanent entre deux registres. D'un côté, la pierre de Bormes, massive, rugueuse, profondément ancrée dans le territoire varois. De l'autre, des surfaces minérales plus abstraites, blanches et lumineuses, qui captent les variations du soleil méditerranéen. Le verre aussi, avec le restaurant étoilé L’Oursin (Antoine Gras et Benoit Gornard aux manettes) aux assises de Harry Bertoia (à l’extérieur) et de Aarne Saariner (à l’intérieur) penchées sur la mer et baignées de soleil à 360°.

Cette confrontation évite au lieu de sombrer dans le pastiche régionaliste autant que dans le minimalisme international décontextualisé. Les Roches appartient sincèrement à son territoire sans chercher à reproduire une image folklorique de la Méditerranée.

L'architecture semble ainsi avoir été sculptée davantage que construite. Les murs émergent de la pente. Les terrasses prolongent les strates rocheuses. La végétation accompagne les volumes plutôt qu'elle ne les masque. Tout concourt à brouiller la frontière entre architecture et paysage.

Les Roches © Nicolas Anetson

Le luxe de la retenue

C'est probablement là que réside l’une des véritables réussites du projet. Longtemps, les établissements de prestige ont cherché à s'affirmer comme des destinations autonomes, détachées de leur environnement immédiat. À l'inverse, Les Roches construit son identité à partir du site lui-même. La roche, la végétation, la pente, les vues et la lumière deviennent les véritables éléments de luxe. Cette approche rejoint une réflexion plus large sur la manière d'intervenir aujourd'hui dans des territoires aussi sensibles que le littoral méditerranéen. Comment construire sans effacer ? Comment transformer sans dénaturer ?

Le projet de Jean-Baptiste Pietri apporte une réponse mesurée à ces questions. Une réponse qui privilégie l'intégration à la démonstration et le dialogue avec le paysage à la recherche d'un geste iconique. Une forme d’évidence que l’architecture contemporaine oublie parfois :  face à certains paysages, le plus beau geste consiste bien souvent à s'effacer.

https://www.hotellesroches.com

https://www.pietriarchitectes.com/categories/projets

Les Roches © Nicolas Anetson
Temps de lecture
16/6/2026
La lumière de DCW éditions illumine un cloître vénitien

Jusqu’au 20 juillet, DCW éditions présente l’exposition « Il corpo della materia » à Venise. L’occasion de mettre en avant des produits de l’éditeur dans le cadre historique de l’église gothique Madonna dell’Orto.

Puisse-t-il y avoir meilleur lieu que Venise pour exposer le savoir-faire verrier ? À l’occasion de la première édition de Bel Ouvrage, la marque française DCW éditions et son label 10 HEURES 10 investissent, jusqu’au 20 juillet, le cloître de l’église gothique vénitienne Madonna dell’Orto. Intitulée « Il corpo della materia » (le corps et la matière), l’exposition regroupe une quinzaine de créateurs contemporains et leurs réalisations faisant rayonner les savoir-faire d’excellence. Une mise en lumière imaginée par la commissaire Carole de Bona dans ce décor hérité de la Renaissance. Ici, l’architecture en brique, marquée par le temps, contraste avec la précision formelle du verre et du métal contemporains. Investi sur le principe d’un showroom semi-extérieur, le cloître offre une déambulation marquée par le rythme des colonnades et l’orthogonalité de la cour, mais contrebalancée par les volumes libres des luminaires présentés. Une manière de confronter les époques et les styles, dans un parcours symbolique soucieux de transmettre l’idée d’intemporalité chère à la marque. Une vision qui passe par la fusion de la modernité et de l’héritage. Là où l'architecture est habitée par le design, la lumière, elle, semble lui redonner vie.

Bel Ouvrage 2026 - Venise ©Luca Bonnefille

Temps de lecture
4/6/2026
Frédéric Sofia × Kettler : Radical et sensible

Avec Latitude, Frédéric Sofia redonne souffle à Kettler, marque allemande emblématique du mobilier de jardin et du sport en sommeil. Une collection au design juste et sensible, dont le minimalisme efficace reflète autant la pensée du designer que l’esprit fondateur de la marque.

Ses volumes francs, simples et géométriques, à rebours de toute démesure formelle, s’imposent avec une évidence tranquille.

« Le design industriel, c’est une aventure affective qui engage toutes les parties, confie Frédéric Sofia. Je me suis très bien entendu avec cette marque patrimoniale quelque peu oubliée, et qui m’a offert tous les moyens humains, financiers et techniques nécessaires au projet. »

Lancé il y a deux ans à peine, celui-ci a demandé une année intense de réflexion et de recherche, puis une autre consacrée à l’industrialisation.

Chaises, collection Latitude, Frédéric Sofia, Kettler, 2025

Réinventer une icône allemande

Le brief initial était ambitieux : concevoir une famille de mobilier unie par un même langage formel destinée aux marchés contract – hôtellerie, restauration, espaces lounge ou piscine –, mais aussi, à terme, adaptable au retail et accessible aux amateurs de design.

Chaises, fauteuils, tables, canapés modulables, bancs, repose-jambes, parasols, daybeds, sunloungers… Tout un vocabulaire du confort contemporain d’extérieur.

Pour Sofia, le défi était double : répondre aux contraintes de la marque tout en imaginant une gamme cohérente et inédite, capable de redonner à Kettler une véritable identité, elle qui avait manqué le virage du design.

« Kettler est une marque historique et populaire en Allemagne, explique-t-il. Je voulais trouver un design qui parle à ses racines, à l’échelle européenne. »

Née en 1949 en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, l’entreprise, forte de plus de soixante ans d’expérience, a d’abord conçu des équipements de loisirs – vélos, jouets comme le célèbre Kettcar (1962) –, avant de se spécialiser, dans les années 1970, dans le mobilier outdoor. Portée par sa philosophie de qualité, de durabilité et de confort, elle s’est rapidement imposée à l’international.

Set de bar, collection Latitude, Frédéric Sofia, Kettler, 2025

« Revenir à la source »

Fidèle à sa méthode d’écoute, d’observation et de réflexion, Frédéric Sofia choisit de « revenir à la source ». Il oriente ses recherches vers une esthétique industrielle à la fois radicale et sensible : un design dépouillé, exigeant, précis, où la forme et la fonction se répondent.

Entre l’esprit Wedge Design de Giorgetto Giugiaro, le créateur de la Golf 1 pour Volkswagen, et le fonctionnalisme humaniste de Dieter Rams (Braun), Latitude se déploie comme un manifeste de clarté et de justesse.

La gamme affirme une personnalité discrète et novatrice.

« Le noyau dur de la collection, c’est le bridge. Sur le marché du mobilier en métal, la demande de coussinage est forte mais souvent traitée après coup. J’ai donc imaginé, dès le départ, un système de coussins amovibles, intégrés au design et personnalisables selon les besoins du client. »

Coussin amovible, collection Latitude, Frédéric Sofia, Kettler, 2025

Un design durable, rationnel, technique

Ainsi naît une collection d’une ampleur rare dans le mobilier outdoor, une des plus vastes du marché, selon le designer.

Les premières versions, aux tonalités douces et poudrées (vert, gris clair, taupe), seront suivies d’autres coloris.

Alliant la pensée honnête du créateur de la chaise Luxembourg éditée par Fermob à la rigueur industrielle allemande, Latitude célèbre l’amour de Sofia et de Kettler pour l’aluminium : durable, léger, sensible à la lumière.

Fines et nervurées, évoquant une carte topographique, ses lignes sont constituées de pièces moulées sous pression (« die casting ») et d’aluminium extrudé – totalement recyclable, intégrant jusqu’à 50 % de matière recyclée.

Robuste, réparable, intemporelle, la collection est conçue pour durer.

Présentée en avant-première chez Silvera pendant la Paris Design Week et à Maison&Objet, Latitude inaugure pour Kettler une nouvelle ère : celle d’un design à la fois rigoureux, sensible, sobre, géométrique et radical.

Latitude, ou le réveil de la belle endormie.

« Le design industriel, c’est une aventure affective qui engage toutes les parties », confie Frédéric Sofia.

Collection Latitude, Frédéric Sofia, Kettler, 2025
Temps de lecture
28/5/2026
Festival des Cabanes : architectures refuges

Derrière les murs de la Villa Médicis, les jardins historiques de l’Académie de France deviennent, chaque été depuis 2022, le théâtre d’une expérience singulière : celle d’une architecture qui ne cherche plus à dominer le paysage mais à dialoguer avec lui. Pour sa cinquième édition, le Festival des Cabanes confirme plus que jamais cette ambition.

Imaginé par Sam Stourdzé, directeur de l’Académie de France à Rome – Villa Médicis, le festival est né d’un paradoxe. Comment intervenir au cœur d’un site patrimonial parmi les plus sensibles d’Italie (classé, archéologique, quasiment inconstructible) sans figer davantage le lieu ? Comment faire entrer l’architecture dans les jardins sans les transformer en décor d’exposition ? La réponse prend la forme d’un mot presque enfantin : la cabane.

« La cabane, c’est un mode de pensée », explique Sam Stourdzé. « On peut penser en cabane, habiter en cabane, cela déplace la perspective et requestionne les fondamentaux. » Derrière cette apparente simplicité se dessine pourtant une réflexion extrêmement contemporaine sur l’architecture : une architecture légère, réversible, non invasive, pensée non plus contre son environnement mais avec lui.

Car ici, la contrainte devient manifeste théorique : impossible de creuser à plus de trente centimètres dans ce sous-sol archéologique, impossible également d’inscrire ces constructions dans la permanence. Les équipes invitées disposent de quelques mois pour construire, exploiter puis démonter leurs projets. Cette temporalité courte, presque fragile, inverse radicalement les logiques héritées du XXe siècle. À la monumentalité succède l’attention, au geste autoritaire une forme d’écoute du vivant.

IT : De la légèreté d’être et de bâtir

Cette année, six propositions internationales investissent les jardins de la Renaissance. Certaines relèvent du manifeste expérimental, d’autres d’une approche plus sensorielle ou climatique. Toutes interrogent cependant une même idée : celle d’un habitat capable de composer avec son milieu.

Le projet le plus spectaculaire est peut-être Il Duomo Invertito du studio belge Bento Architecture. Suspendu entre ciel et végétation, ce dôme filaire composé de bois et de mycélium détourne l’archétype monumental romain pour le transformer en structure presque immatérielle. Ses milliers d’éléments organiques destinés, une fois le festival terminé, à être simplement broyés pour retourner à l’état de poussière forment architecture biodégradable, littéralement

À quelques mètres de là, Aquifère, imaginé par les studios PRÌA et VELIA, explore d’autres formes de sobriété. Travertin et jarres en terre cuite y composent un dispositif de refroidissement passif fondé sur l’évaporation naturelle. Plus qu’une installation, le projet agit comme une micro-infrastructure climatique, une tentative de réintroduire des savoir-faire ancestraux dans les villes surchauffées du présent.

Aquifère, imaginé par les studios PRÌA et VELIA © M3 Studio
Aquifère, imaginé par les studios PRÌA et VELIA © M3 Studio

Plus conceptuelle, la proposition développée par ECAL avec Mutina, sous le regard de Ronan Bouroullec, joue quant à elle du trompe-l’œil et de la perception. Une simple façade devient architecture, surface devenant profondeur. Là encore, le festival refuse les catégories figées : certaines cabanes sont des refuges, d’autres des dispositifs théoriques, d’autres encore des espaces de contemplation.

Ecal © M3 Studio

C’est sans doute ce qui distingue profondément le Festival des Cabanes d’une exposition d’architecture classique. Ici, les projets ne cherchent pas à démontrer une puissance formelle ou technologique. Ils assument au contraire une forme d’inachèvement, de recherche ouverte. « On n’est pas dans une logique commerciale, mais dans une logique culturelle », rappelle Sam Stourdzé. Le temps passé à expérimenter devient alors aussi important que l’objet construit lui-même.

Cette philosophie transforme également le rapport du public à la Villa Médicis. Longtemps accessibles uniquement en visite guidée, les jardins s’ouvrent désormais librement durant toute la durée du festival grâce à un subtil dispositif scénographique conçu par le studio Marc Aurel, auquel nous avions consacré un article dans Intramuros 224. En cinq ans, l’institution a presque doublé sa fréquentation pour atteindre près de 150 000 visiteurs annuels. Plus encore qu’un événement architectural, le festival devient un outil de réappropriation du lieu, autant par les Romains que par le public international.

Cette édition 2026 confirme enfin l’élargissement progressif du projet vers une plateforme culturelle plus vaste. Autour des cabanes gravitent désormais librairie éphémère conçue avec la Librairie 7L, conférences, ateliers, lectures, performances et concerts réunis sous le programme Habiter Demain.
Le 25 juin, la Nuit des Cabanes transformera ainsi les jardins en un paysage vivant où architectes, artistes, écrivains et musiciens activeront les installations jusqu’au cœur de la nuit.

À mesure que les crises climatiques remettent en question les modèles de construction hérités du siècle dernier, le Festival des Cabanes apparaît moins comme une parenthèse estivale que comme un laboratoire grandeur nature. Une manière de rappeler qu’habiter ne consiste peut-être plus à construire toujours davantage, mais à apprendre, de nouveau, à occuper le monde avec légèreté.

https://villamedici.it/programme/festival-des-cabanes

Huttopia © M3 Studio
Salazarsequeromedina © Luis Díaz Díaz

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir chaque semaine l’actualité du design.