Cartier, le geste en majesté

Cartier, le geste en majesté

Au-delà de la gestion du chantier proprement dit, la rénovation d’un lieu mythique relève toujours d’un défi délicat : pour Cartier, il s’agissait de garder l’esprit de la Maison tout en s’adaptant aux nécessaires évolutions de l’expérience client. Pari réussi au 13, rue de la Paix, réouvert cet automne grâce à une belle synergie d’agences d’architectes et aux talents conjugués d’une trentaine d’artisans d’art, dans une véritable vitrine de savoir-faire.


Pour Cartier, le 13, rue de la Paix pourrait être un lieu mémoriel : c’est le berceau parisien où s’est installé, en 1899, Louis Cartier quand il a pris la direction de la Maison, et où il a fondé le studio de création, accompagné de Jeanne Toussaint, donnant véritablement naissance au style Cartier. Un morceau d’histoire qu’il fallait précieusement conserver, tout l’adaptant aux besoins du temps présent. C’est cette double contrainte qui a guidé chaque étape de cette rénovation et qui a nécessité l’appel à trois agences aux forces créatives complémentaires : l’agence Moinard-Bétaille, le Studio Parisien et l’agence Laura Gonzalez. Au terme de deux ans de travaux, quand on parcourt les six étages de ce vaisseau amiral, la clé de cette réussite est la cohabitation de signatures différentes, qui se rejoignent et se fondent totalement au service de l’ADN de Cartier : c’est le message que l’on retiendra de ce lieu à la fois singulier et pluriel.


Lumière fédératrice

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Comme un écrin que l’on respecte, la façade en portor a été conservée, ainsi que des éléments historiques dans les salons, jusqu’à certaines moulures. Mais c’est une transformation – certes, en douceur – qui est proposée dans ce projet, traduisant aussi l’évolution de la relation privilégiée avec les clients, dans une vocation d’accueil, d’attention.

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Ces 3 000 m2 sont réorganisés autour d’un parcours individualisé. Le rez-de-chaussée et le premier étage forment la boutique proprement dite, entre la consultation de pièces, l’achat, voire les prémices d’un projet, le deuxième et le troisième, eux, sont consacrés aux services directs. Au quatrième étage, les ateliers de haute joaillerie sont pleinement dédiés aux projets spéciaux. Enfin, les derniers étages abritent des espaces de réception privés et les archives. Pour accompagner cette écoute bienveillante du parcours client, il fallait faire entrer la lumière. Ainsi, garant de l’unité de l’ensemble, l’atrium situé au fond de la boutique apporte de la perspective à l’espace, donne habilement un caractère majestueux à l’ensemble architectural dans l’esprit de la Maison, tandis que cette entrée forte de lumière vient éclairer les transitions d’époques et de services. C’est paradoxalement cette architecture du vide qui permet justement à ce vaisseau amiral de faire cohabiter des univers différents d’un étage à l’autre.

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Identités communes et signatures

Forte de nombreux projets antérieurs avec Cartier, l’agence Moinard-Bétaille s’est consacrée aux trois premiers niveaux de cette maison mère, en s’attachant dès le rez-de-chaussée à fluidifier la déambulation des clients, en jouant sur les perspectives du lieu pour mettre en scène les écrins, en valorisant des salons historiques par l’exposition d’archives comme de véritables trésors, à l’image de l’épée d’académicien de Jean Cocteau. Dans cette volonté de transition légère, un large escalier ouvert mène le visiteur au salon Jeanne Toussaint et à deux petits salons. Parallèlement, le premier étage est dévolu aux fiançailles et au mariage, dans un prolongement des teintes pastel et dorées de l’accueil, et des ondes douces et joyeuses apportées par des jeux de courbes et de contre-courbes subtilement conjuguées par les architectes, au service d’une ambiance à la fois lumineuse et feutrée : l’élégance, sans grandiloquence, dans le choix des matériaux précieux, de subtils rappels de motifs végétaux. Une transition habile mène au deuxième étage consacré à la haute joaillerie et aux commandes spéciales. Ici, on consulte les gouachés pour imaginer son projet, dans les salons Art déco, Indes et Inspiration, comme aux motifs faune et flore. L’aménagement fait la part belle aux symboles de la Maison, et à son style : les motifs historiques sont assumés comme autant d’éléments fondamentaux, une évidence subtile permise par justement un travail de la luminosité qui vient éclairer avec douceur cet héritage.

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Un socle fondateur qui permet aux étages suivants de conjuguer de nouvelles écritures : Studio Parisien a pris en charge les étages liés aux services (réparation, entretien, personnalisation…), les ateliers et les archives. Subtilement, les lignes des assises deviennent plus contemporaines, les rappels aux motifs de la Maison stylisés jusque dans les plafonds. Du bar aux alcôves, des sofas-méridiennes aux chaises hautes, ici on jongle avec les matières avec sensualité. Le client entre dans des espaces totalement dédiés à son service, qui subtilement, selon les codes propres à l’univers du luxe, transforment finalement un temps d’attente en moment de détente, passant de la notion de service à celle de soin, élégamment transcrite dans une scénographie codifiée.

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Au quatrième, les ateliers intégrés sont ici totalement dédiés à la réalisation des projets spéciaux des clients, qui peuvent venir y suivre leur évolution : Studio Parisien a longuement échangé avec les artisans pour dessiner des postes qui répondent à un confort de travail, accompagnent au plus près des gestes qui nécessitent précision et concentration, et la maîtrise d’un savoir-faire d’excellence. Au-dessus, le cinquième étage abrite un espace de réception, confié cette fois à Laura Gonzalez. L’architecte d’intérieur a imaginé un appartement convivial, équipé d’une cuisine, d’une salle à manger et d’un jardin d’hiver. Un esprit maison au sens premier, dans un joyeux appel à la couleur, aux motifs, un détournement des formes dans le mobilier pour rappeler le style Cartier, dans un décor rythmé de faune et de flore, convivial et intime, poétique et singulier, depuis des paravents peints par les ateliers Gohard et brodés par Lucie Touré, jusqu’aux détails de la mosaïque des sols.


Une place aux gestes d’exception

Si, entre les différents niveaux de cette maison mère, le passage d’époque est aussi bien réussi, c’est bien entendu par la compréhension parfaite de l’ADN de Cartier par les trois agences sollicitées, mais c’est également par l’intégration dans leur aménagement de réalisations confiées à des artisans d’art. Ainsi, à chaque étage, en pièces fortes comme en filigrane, le geste de la main est présent, comme il l’est au cœur du savoir-faire de la maison. De fait, dans cette rénovation, 37 maîtres d’art et artisans d’art sont intervenus sur des commandes remarquablement intégrées dans les espaces.

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À titre d’exemple, on citera, pour le Salon Indes, l’Atelier Midavaine, qui a réalisé un grand paravent en laque rehaussé de feuilles d’or. Au Salon Art déco, Hervé Obligi livre un panneau magistral en onyx, diamant et émeraude, inspiré d’un bracelet stylisé. Aux Archives, Étienne Rayssac a sculpté des moulages en plâtre imaginés à partir de la reproduction agrandie d’une broche de Jeanne Toussaint ornée d’un oiseau aux ailes déployées… On comptera aussi les interventions de Lison de Caunes pour la marqueterie de paille incrustée de verre décoratif par Jean-Daniel Gary, et ailleurs des panneaux de marqueterie de cuir réalisés par Lætitia Baqué et Victor Molinié. Une volonté de rendre hommage à l’histoire par le geste et d’inviter le client à expérimenter un lieu d’exception.

L’exception Cartier : l’atelier de glyptique intégré

Pour cette rénovation, quelques pièces d’exception ont été bien entendu commandées et mises en vente. Un bracelet et une broche ont ainsi été dessinés et réalisés par l’équipe de Philippe Nicolas, glypticien. Il est l’un des rares maîtres d’art à faire réellement partie de la Maison, son atelier y ayant été intégré depuis douze ans, dans une volonté de pérenniser ces savoir-faire d’excellence. Son atelier propose ainsi des projets au Comité de créations et prend en charge leur concrétisation une fois les dessins signés, sachant qu’un projet de haute joaillerie, entre le dessin et l’étape finale, nécessite environ deux ans. L’équipe réalise aussi des commandes spéciales, à l’image de l’habillage de l’épée de Cocteau : les éléments originels en ivoire ont été revisités avec de l’opale blanche, facilitant ainsi le transport et donc l’exposition de cette pièce d’exception dans le monde.

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Dans son souci de transmission, Philippe Nicolas va au-delà de l’apprentissage du geste à ses équipes : si la glyptique est l’art de les sculpter et de les graver, il s’attache à transmettre aussi l’expertise pour choisir et acheter les pierres sur lesquelles travailler. Comme il aime avant tout percevoir l’émotion des clients devant des pièces uniques. Ceux-ci ressentent le temps passé par les artisans pour aboutir à ces joyaux, et c’est très certainement ce respect qui prévaut dans cet écrin réinventé du 13, rue de la Paix : de l’artisan au client, l’expérience est valorisée, accompagnée, transmise.

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30/9/2026
Panton Cubes : le design en jeu

Imaginé par Verner Panton dans les années 1970, le système modulaire Panton Cubes est aujourd’hui réédité par Vitra sous la forme de quatre kits représentant des figures animales.

Imaginés par Verner Panton en 1974, les Panton Cubes associent jeu et design. Constitués de structures cubiques pouvant être assemblées entre elles à l’aide de clips, les cubes sont ensuite habillés de panneaux colorés ou chromés. Ce système permet de composer des volumes et des motifs variés, allant de sculptures figuratives à des constructions plus abstraites.

Développée par Vitra en collaboration avec Verner Panton Design AG à l’occasion du centenaire de la naissance du designer, cette réédition propose quatre modèles : un canard, un flamant rose, un chat et une girafe. Chacune des versions est proposée dans une combinaison de deux couleurs ou avec une finition chromée. Les modèles bicolores reprennent la palette vive caractéristique du travail du créateur danois. En laissant à chacun une grande liberté de construction, le concept des Panton Cubes illustre de manière ludique les possibilités offertes par un système modulaire.

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Ci-dessous : ©Panton Cubes - Vitra

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28/9/2026
Avec Racines, Cristel invite Noé Duchaufour-Lawrance à sa table

À l’occasion de ses 200 ans, Cristel s’associe pour la première fois à un designer. Avec Noé Duchaufour-Lawrance, la marque revisite son emblématique poignée amovible dans une édition limitée en bois, intitulée Racines.

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Depuis sa création, en 1826, la manufacture française Cristel a bâti sa réputation sur un savoir-faire et des innovations qui la caractérisent, à l’image du système de poignées amovibles Cook & Serve imaginé par Paul Dodane en 1984. Si jusqu’ici, l’élaboration d’aucun produit n’avait jamais été confiée à un designer extérieur, cet anniversaire est l’occasion pour la marque d’ouvrir un nouveau chapitre en faisant appel à Noé Duchaufour-Lawrance, dont le travail explore depuis de nombreuses années les liens entre territoire, artisanat et matériaux.

Collection Racines, design : Noé Duchaufour-Lawrance © Cristel

‍Une poignée inspirée de la nature

Baptisée Racines, cette nouvelle poignée ne cherche pas à réinventer le système imaginé par Cristel mais à lui offrir une nouvelle expression. Réalisée en bois et éditée en série limitée, sa forme s’inspire directement de l’écorce des arbres. Son veinage sculpté en relief confère à l’objet une dimension à la fois tactile et sensible, comme un rappel du lien instinctif à la matière brute. « Cuisiner, c’est transformer une matière brute. La poignée est l’interface entre la main et cette transformation. À travers cette poignée, j’ai cherché à exprimer la rencontre entre nature et usage », raconte Noé Duchaufour-Lawrance.

Collection Racines, design : Noé Duchaufour-Lawrance © Cristel

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Au-delà de l’objet, cette collaboration confronte pour la première fois le savoir-faire industriel de Cristel à la vision d’un designer, sans pour autant renoncer à l’identité qui fait son succès depuis deux siècles. « Racines s’inscrit dans l’univers amovible qui a fait la réputation de Cristel, tout en marquant une étape inédite : celle d’une grande maison qui s’ouvre à un regard extérieur. Noé Duchaufour-Lawrance nous a semblé proche de nos valeurs et être celui qui pouvait apporter de l’émotion à notre savoir-faire », confie Damien Dodane, directeur général délégué de Cristel. Une manière de célébrer deux cents ans d’innovation en rappelant que le design peut aussi raconter une histoire, celle du lien entre l’homme, la matière et l’usage.

Pour en savoir plus sur l'univers Cristel et ses collections c'est ICI.

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25/9/2026
« Multiples » : une exposition sur la série au BDMMA

Jusqu’au 3 octobre, le Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design (BDMMA) présente l’exposition « Multiples ». Un éventail de projets célébrant le design industriel et les nouveaux rapports entre designers et industries.

À l’heure du bilan de la Paris Design Week de septembre, un constat s’impose : le collectible semble régner en maître. Pourtant, le bien que moins instagrammable design industriel n’a pas disparu. Pour réaffirmer son existence, et en guise de contre-pied à la tendance, le Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design (BDMMA) présente « Multiples ». Imaginée comme un retour aux fondamentaux, l’exposition n’est pas « un état des lieux du secteur », mais entend « brosser un panorama de recherches et de textures autour de la production en série », explique Frédéric Bouchet, directeur adjoint de l’institution. Cette diversité est réaffirmée par l’intermédiaire de treize studios dont les objets utilitaires et esthétiques célèbrent la production. À travers cette dernière, ce n'est pas l'idée de créer pour créer qui est valorisée, mais l'intelligence de systèmes réplicables et viables.

©BDMMA

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Un nouveau rapport à l’industrie, mais une même idée du design

Si le secteur connaît « un changement d’état », c'est en partie par le bouleversement qui s'est opéré au niveau de la production industrielle. « Le rapport à l’industrie a complètement changé et demande au designer de modifier sa posture, d’être moins attentiste vis-à-vis de la production. Il est désormais amené à s’emparer lui-même des processus ou à détourner des moyens de production pour pouvoir s’inscrire dans l’auto-édition », analyse Frédéric Bouchet. De nouveaux chemins de traverse qui poussent certains designers à s’interroger sur les enjeux liés aux ressources et à la manière dont la matière exploitée entre au service de l’usage. « Il me semble que cette préoccupation s’ancre de plus en plus dans un tissu local, à l’image du travail de Jules Levasseur. Il a amené une entreprise de Bourgogne, où il est installé, à s’intéresser à son projet et, ensemble, ils ont développé le Projet S, réalisé à partir de tôles ondulées. L’enjeu pour lui est aujourd’hui de canaliser la production à son échelle pour sortir le juste nombre de pièces de mobilier. » Mais outre le défi d’adaptabilité économique se pose celui de la réinterprétation formelle et technique. « Comment ne pas rester inféodé à l’édition ? Comment emporter l’industrie locale sur un territoire qui m’est propre tout en générant de la valeur ? Ce sont les deux grandes questions qui transparaissent dans l’exposition, notamment avec le travail de Lila Guédin qui a travaillé des techniques d’assemblage issues de l’industrie pour créer des chaises, ou qui Nicolas Verschaeve qui utilise des manches à outils pour créer de petits objets d’intérieur comme des patères et des porte-manteaux. » Ces captations et réinterprétations de matrices industrielles préexistantes ouvrent de nouvelles portes esthétiques ou techniques. Qu’ils soient édités ou non, les projets sélectionnés par Lucien Icard et Kevin Lebouvier, commissaires de l’exposition et exposants, portent autant d’éclairages différents sur ces nouveaux rapports à l’industrie, favorisant « une certaine épure stylistique d’abord basée sur l’assemblage ».

Une exposition à découvrir au Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design, 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris, jusqu’au 3 octobre.

©BDMMA
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24/9/2026
Les Grands Prix de la Création 2026 révélés !

Depuis 1993, les Grands Prix de la Création de la Ville de Paris accompagnent les nouvelles générations de créateurs et créatrices dans les domaines de la mode, du design et des métiers d’art. Voici les huit lauréats de cette 33e édition.

Créés il y a trente-trois ans, les Grands Prix de la Création s’inscrivent dans la politique de soutien de la Ville de Paris aux secteurs de la mode, du design et des métiers d’art. Organisés par le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art (BDMMA), ils récompensent cette année huit professionnels, chacun bénéficiant d’une dotation de 18 000 euros. Une goutte d’eau au regard des 350 candidatures reçues par les jurys, présidés cette année par Ionna Vautrin pour le design, Lisa Gachet pour la mode et Jeremy Maxwell Wintrebert pour les métiers d’art.

Prix Révélation Design : behagelfoiny

Antoine Behaghel et Alexis Foiny se rencontrent lors de leurs études aux Arts Déco. Peu à peu, inspirés par le ready-made, ils développent des projets autour de l’exploration des matériaux à leur disposition. Une démarche qui les conduit à fonder leur studio en 2020, autour d’une pratique inspirée desnéo-artisanats. « Nous sommes un point de connexion entre différents corps demétier, ce qui nous permet de nous réapproprier la création et la productiond’objets en mettant en place des manières de faire inédites. C’est notre ADN, même si nous étendons nos expertises à d’autres domaines comme la scénographie.Cette approche nous conduit à répondre à des problématiques liées à lasensibilisation à l’écologie et à l’enfance. » Une démarche qui a déjà attiré l’attention de galeries et d’institutions, comme Le French Design, qui les a intégrés à son palmarès FD100, ou le Mobilier national, qui a acquis leur bibliothèque Alupié en 2026.

Ccollection Tubulure © behaghelfoiny

Prix Engagement Design : Marie et Alexandre

Représentés par la galerie Signé, rue Jacob à Paris, Marie et Alexandre présentent actuellement "Under Pressure", une exposition d’objets mis en forme par pression. Un projet qui résume en quelque sorte leur travail, entamé il y a cinq ans après une rencontre à la Villa Noailles, lors de la Design Parade. Marie, passée par la HEAD de Genève et l’ECAL à Lausanne, et Alexandre, formé à l’ENSCI – Les Ateliers puis au California College of the Arts à San Francisco lors d’un échange universitaire, partagent une curiosité pour les savoir-faire qui les pousse à adopter une pratique itinérante. Entre visites d’usines et expérimentations sur le terrain, le duo collabore notamment avec Glas Italia, Dryade et Petite Friture. « Nos créations pour les galeries nous permettent de mener une recherche libre sur laquelle nous nous appuyons pour passer à des projets plus industriels. »

Marie et Alexandre © Rebekka Deubner

Prix Révélation Mode : Anthony Calydon

Coudre. Une activité qui occupe l’esprit d’Anthony Calydon depuis douze ans. Il commence par confectionner ses propres vêtements, fait un passage éclair à ESMOD, puis décide de poursuivre en autodidacte. Sa carrière débute doucement grâce à Instagram. En parallèle de son activité auprès d’artistes qu’il habille, il travaille comme modéliste pour des griffes émergentes. Mais pas question d’aller trop vite tant qu’il n’a pas trouvé son style, celui qui sera reconnaissable au premier coup d’œil. « J’ai toujours été inspiré par les designers japonais. J’avais envie de proposer quelque chose de fort, sans logo.Qu’on se dise en voyant mes pièces : ça, c’est Anthony Calydon. Et, peu à peu, j’ai fait du bord-côte et de la couture surjet ma signature. » Un univers et un travail ancrés dans leur époque, portés par une grande attention aux savoir-faire.

© Anthony Calydon

Prix Engagement Mode : Collectivo

Ingénieure chimiste à l’INSA, puis titulaire d’un master à HEC, Samia Boukbir passe cinq ans dans le marketing et le développement international du maquillage avant de rejoindre un collectif consacré à la mode upcyclée. Son parcours professionnel se mue alors en voyage. « En 2016, je suis allée à Cuba et ma vie professionnelle a basculé, se souvient Samia Boukbir. J’ai découvert une société qui était entièrement basée sur la récupération, moi qui étais depuis presque sept ans dans l’industrie chez L’Oréal et Dior. Cela m’a poussée à me questionner. Quand je suis rentrée, j’ai quitté mon poste… et j’ai atterri aux Puces de Saint-Ouen ! » C’est dans ce berceau historique de l’économie circulaire à Paris que Samia installe Collectivo, officiellement lancé en 2022. Le collectif a depuis collaboré avec 22 designers. Chaque nouvelle collection est l’occasion d’ouvrir ce cercle à de nouveaux talents grâce à des appels à projets. « Tout part de nos sélections de matières à upcycler : c’est autour d’elles que nous construisons les plans de nos trois collections, autour de l’officewear réinventé, du sport et de l’innovation. »

© Collectivo

Prix Accessoires Mode : Luca Colosimo — 10.03.53

L’histoire commence par l’achat d’un énorme sac orange. Un premier achat à l’origine d’un déclic. « C’était un acte d’émancipation. Pour mon papa, le sac était l’objet interdit pour un homme. Or, moi, il me fascinait ! » Il faudra cependant attendre un peu avant que Luca Colosimo ne se consacre à cet accessoire. Après des études en modélisme industriel pour le prêt-à-porter, qu’il déteste, une bourse qui lui permet de se former au prototypage en maroquinerie et des expériences chez Gucci, Isabel Marant et Paco Rabanne, il connaît, en 2020, une prise de conscience. Il lance alors sa propre griffe, à laquelle il attribue la date de naissance de son père : 10.03.53. De là naissent des créations sensuelles aux formes plutôt classiques, avec un intérêt particulier pour les matériaux innovants. « Aujourd’hui, nous faisons des sacs en papier, en béton armé, en cuir non traité… Nous nous amusons ! »

Luca Colosimo © 10.03.53

Prix Accessoires Bijoux Mode : Sarah Madeleine Bru

Formée dans une école de design à Nantes, Sarah Madeleine Bru comprend très vite qu’elle est passionnée par l’artisanat. Elle multiplie les stages et les missions en freelance alors qu’elle est encore étudiante, avant d’intégrer laCreative Academy, l’école du groupe Richemont basée à Milan, qui forme au design dans les secteurs de la joaillerie, de l’horlogerie et des accessoires. «Cela m’a permis d’intégrer la marque Dunhill, méconnue en France, mais qui est un peu comme Hermès pour homme. » Elle y reste un an, à l’époque où Kim Jonesen est le directeur artistique, avant d’être repérée par Louis Vuitton. Puis,en 2012, elle se lance en solo. « Au début, je vendais mes bijoux en argentessentiellement à mes amies. Puis j’ai eu de la presse, j’ai été identifiée etj’ai fait évoluer mes créations. Aujourd’hui, la haute joaillerie et les commandes spéciales ont pris le dessus. »

Bagues Vipère et La Vague, Platine et diamants naturels © Aude Le Barbey

Prix Révélation Métiers d’art : Chloé Valorso

Sculptrice, bronzière et joaillière, Chloé Valorso découvre la technique de la fonte à cire perdue lors de ses études à Londres, à Central Saint Martins puis au Royal College of Art. « J’ai voulu apprendre la technique de A à Z.Normalement, les artistes vont chez des fondeurs extérieurs ou apprennent à réaliser quelques étapes. Je voulais tout maîtriser pour pouvoir innover. » Inspirée par les séminaires d’anthropologie, les ouvrages sur le nouveau matérialisme et l’éco-féminisme, la créatrice travaille par collages, donnant naissance à des objets proches de « cadavres exquis d’histoires, de mythologies », ouverts sur l’imaginaire. « Je travaille la plupart du temps à partir de matériaux imprégnés du vivant : des mues de serpents transmutées en bronze, des fleurs que j’immortalise grâce à une technique de fonte directe que j’ai développée.Je viens de réaliser des bougeoirs, associations de racines, de vertèbres de serpents et de fleurs récupérées dans les jardins parisiens. »

© Chloe Valorso

Prix Engagement Métiers d’art : Les Ateliers Victor Bert

Donner de la visibilité à un métier en voie de disparition : voici ce qui a poussé Victor Bert, peintre en lettres, à participer aux Grands Prix de la Création de la Ville de Paris. Fasciné depuis toujours par les monuments historiques, Victor suit une formation de tailleur de pierre à Amiens. C’est là qu’il découvre la gravure sur pierre et se prend rapidement de passion pour la lettre. Son CAP en poche, il s’installe à Paris, travaille tout en complétant son cursus par des cours de typographie et de calligraphie. « J’ai toujours su que la lettre dépassait la taille de pierre, qu’il fallait explorer une multitude de supports. Je n’ai ainsi jamais cessé d’enrichir ma pratique. C’est comme cela que j’ai découvert, en 2015, un documentaire sur la peinture en lettres américaine et que j’ai décidé de m’y mettre. »

Dorure sous verre gravé en cours © Chloé Brunet (Passerelle Studio)
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