Biennale de Saint-Etienne : le design en questions
Biennale de Saint-Etienne Autofiction ©Seghir Zouaoui- -mi

Biennale de Saint-Etienne : le design en questions

Selon Olivier Peyricot, cette édition de la Biennale de Design présente un « design modeste, pas de grands gestes », et donne des pistes, des outils, pour alimenter le débat sur les grands enjeux actuels : l’environnement, la production, la mobilité et  la façon d’habiter. En prenant pour thème « Bifurcation(s) », la manifestation dresse un constat sans appel – nous sommes à un tournant où il est urgent d’agir – et positionne les designers comme des acteurs essentiels des mutations à l’œuvre. À noter, que pour la première fois, la Biennale durera 4 mois, jusqu’au 31 juillet.


« Ici vous ne trouverez pas de solutions, mais de quoi vous interroger et débattre » : c’est en substance le credo d’Olivier Peyricot, directeur scientifique de la 12e Biennale Internationale Design Saint-Etienne, lorsqu’il présente cette édition.

Et c’est peu dire : dans l’ensemble du parcours des expositions proposées à la Cité du design jusqu’au 31 juillet, les thématiques rivalisent de questionnements, pour peu que le visiteur prenne le temps de se plonger dans les nombreuses explications inscrites sur les cartels.

Biomimétisme, nouvelles mobilités, radioscopie de nos vies domestiques, modes de production… toutes les expositions expriment une expérience ou une nécessité de « bifurcation (s) » qu’elle soit «subie ou choisie » comme l’exprime Thierry Mandon, directeur général de la Cité du design.

Une affirmation de l’événement comme une laboratoire de recherches, renforcée par les nombreux work in progress et conférences qui auront lieu tout au long de ces quatre mois sur les différentes sites. En effet, si l’on a connu dans la dernière décennie de biennales portées par des commissaires inspirants,  à la ligne artistique radicale ou quasi philosophique  – on se souvient par exemple de l’édition autour de la « Beauté » portée par Benjamin Loyauté en 2015 –,  depuis deux ou trois éditions, la Biennale  vient nourrir des réflexions plus sociétales – à l’image de la très dense édition « Working promesses » en  2017. L’événement international affirme ainsi un positionnement fort du design au cœur des sciences humaines, comme un outil d’exploration et d’expérimentations pour accompagner les mutations.

Ainsi, si les expositions comportent dans l’ensemble une grande présentation de design produit, elles ouvrent aussi le rôle du designer comme concepteur de processus, de services, en réponse à des usages, des évolutions nécessaires, des comportements, et des questions économiques. Le design est stratégique, artistique, et politique, dans le sens « au service de la cité ».

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Biennale de Saint-Etienne ''Singulier Plurielles'' ©Seghir Zouaoui

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Récits et recherche à la Cité du design

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Parmi les expositions qui viennent appuyer ce positionnement, on citera la passionnante « Autofiction, une biographie de l’automobile »,  Olivier Peyricot et Anne Chaniolleau abordent le design automobile d’un point de vue avant tout anthropologique, en interrogeant les imaginaires générés et les codes d’appropriation. Le récit proposé n’en oublie pas l’éternelle question de la ressource et des matériaux, les recherches en design de ce « phénix technologique qui ne cesse de renaître », avec ses espoirs et tâtonnements, notamment autour de l’échec de la voiture dite « autonome ».

Autre signe des temps, c’est un continent entier – et non plus une ville ou un pays, comme ce le fut avec Detroit pour l’édition de 2017 ou la Chine en 2019 – qui est à l’honneur, à travers l’exposition «Singulier plurielles » de Franck Houndégla. Entre design graphique, macro-systèmes et micro-systèmes, l’exposition explore d’autres façons de concevoir, de produire et d’habiter. « Ce sont des projets nés de concepteurs divers, mais qui dans leur démarches partagent les modalités du design » souligne le commissaire. Designers, makers, architectes, ingénieurs, inventent, transposent des process, détournent des objets, des services pour le collectif. Cela va du créateur d’effets spéciaux qui transpose ses compétences pour la réalisation de prothèses, l’association d’un bijou connecté à une plateforme de données pour la mise en place d’un dispositif de e-santé, la construction d’automobile non standard répondant ainsi à une utilisation plurielle (confection textile, agriculture, hôtellerie…), l’utilisation de matériaux locaux pour l’architecture jusqu’à la recherche de « brique sans déchets »…

Enfin, parmi la dizaine d’expositions présentées sur le site de la Cité, on retiendra aussi la note de fraîcheur, d’optimisme, apportée par « Le Monde sinon rien » : un commissariat mené par Benjamin Graindorge, designer et enseignant à l’ENSADSE et la chercheuse Sophie Pène au Learning Planet Institut, qui part du postulat de la richesse des territoires de création de la jeunesse. Le pari est fait d’explorer sur dix ans les projets de diplômes d’étudiants d’un réseau d’établissements, et d’y déceler les germes d’un « New Bauhaus », autour  du « vivant ». Selon Sophie Pène, il s’agit de «  montrer la puissance de la création dans les moments de transition. On parle facilement d’innovations tech, mais peu d’habitudes, de comportements, de culture, de création. La deuxième idée est de montrer que la créativité de la jeunesse tire les transitions, est nécessaire, que le rapprochement entre les sciences et les arts, et les frontières poreuses qu’on peut mettre en place sont vraiment les conditions de l’émergence  de projets puissants. » L’exposition englobe ainsi dans le concept d’ « école de création »  les laboratoires scientifiques, les makers labs, les tiers-lieux, les écoles d’art et de design. À travers des projets très divers – d’objets musicaux pour autisme  à une distillerie pirate !– il s’agit surtout de montrer la fertilité des territoires d’exploration, leurs résonances, et surtout une énergie, un désir, et un pouvoir d’agir.

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Des événements en ville et en périphérie

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Sur le site de Firminy, l’église Saint-Pierre accueille une exploration de Döppel Studio autour du cabanon de Le Corbusier : autour de 6 prototypes, disséminés dans le lieu, le duo de designers imagine des micro-architectures à poser dans un champ, pour se détendre, se reposer,  partager des moments de pause  dans une utilisation nouvelle des parcelles en jachère avec des constructions facilement déplaçables et exploitant un autre rapport au paysage.

Au cœur de la ville, le musée d’art et d’industrie propose pour sa part une habile mise en situation d’oeuvres contemporaines d’artistes en résidence au Creux de l’enfer. On retiendra par exemple l’installation au milieu des armes de l’œuvre de Vivien Roubaud, qui fige dans du verre des explosions, comme un arrêt sur image hors du temps.

Enfin, parmi les nombreuses autres événements,  le collectif Fil Utile composé de 17 membres dont la designeuse textile Jeanne Goutelle propose au sein de l’ancienne école des Beaux-Arts,« Relier-délier ».  Cette exposition met en scène des installations de créateurs mis au défi d’intégrer un nouveau matériau à leur savoir-faire. Se répondent des installations étonnantes, depuis la délicate association du ruban et de la porcelaine à des « graphiques en laine» réalisés à la main, donnant sous cet aspect doux et lumineux, une vision assez glaçante de l’industrie textile.

Englobant plus de 200 événements diversifiés autour de 7 expositions majeures, la Biennale de design cherche à toucher tous les publics. Bien sûr, on rêverait d’avoir une grande rétrospective exposée – à l’image par exemple de la didactique «Designers du design»  à Lille Capitale du design en 2020–, mais au sortir des expositions, il reste une telle impression d’effervescence de recherches, de bouillonnement créatif, de pistes explorées, que l’on pressent un avenir inventif, avec des solutions à portée de mains. Et sans pour autant en dresser un état des lieux bien clair, on ressent combien le secteur du design a un rôle décisif à jouer dans la transformation de notre monde. Pour peu qu’on le reconnaisse et lui donne les moyens de nous aider à prendre la bonne bifurcation.

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La Biennale de design de Saint-Etienne en quelques chiffres

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> 4 mois d’ouverture

> 48 installations

> 7 expositions sur le site Cité du design

> Plus de 235 designers représentés

> 222 événements sur la métropole stéphanoise

> 24 colloques et conférences

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Rédigé par 
Nathalie Degardin

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25/9/2026
« Multiples » : une exposition sur la série au BDMMA

Jusqu’au 3 octobre, le Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design (BDMMA) présente l’exposition « Multiples ». Un éventail de projets célébrant le design industriel et les nouveaux rapports entre designers et industries.

À l’heure du bilan de la Paris Design Week de septembre, un constat s’impose : le collectible semble régner en maître. Pourtant, le bien que moins instagrammable design industriel n’a pas disparu. Pour réaffirmer son existence, et en guise de contre-pied à la tendance, le Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design (BDMMA) présente « Multiples ». Imaginée comme un retour aux fondamentaux, l’exposition n’est pas « un état des lieux du secteur », mais entend « brosser un panorama de recherches et de textures autour de la production en série », explique Frédéric Bouchet, directeur adjoint de l’institution. Cette diversité est réaffirmée par l’intermédiaire de treize studios dont les objets utilitaires et esthétiques célèbrent la production. À travers cette dernière, ce n'est pas l'idée de créer pour créer qui est valorisée, mais l'intelligence de systèmes réplicables et viables.

©BDMMA

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Un nouveau rapport à l’industrie, mais une même idée du design

Si le secteur connaît « un changement d’état », c'est en partie par le bouleversement qui s'est opéré au niveau de la production industrielle. « Le rapport à l’industrie a complètement changé et demande au designer de modifier sa posture, d’être moins attentiste vis-à-vis de la production. Il est désormais amené à s’emparer lui-même des processus ou à détourner des moyens de production pour pouvoir s’inscrire dans l’auto-édition », analyse Frédéric Bouchet. De nouveaux chemins de traverse qui poussent certains designers à s’interroger sur les enjeux liés aux ressources et à la manière dont la matière exploitée entre au service de l’usage. « Il me semble que cette préoccupation s’ancre de plus en plus dans un tissu local, à l’image du travail de Jules Levasseur. Il a amené une entreprise de Bourgogne, où il est installé, à s’intéresser à son projet et, ensemble, ils ont développé le Projet S, réalisé à partir de tôles ondulées. L’enjeu pour lui est aujourd’hui de canaliser la production à son échelle pour sortir le juste nombre de pièces de mobilier. » Mais outre le défi d’adaptabilité économique se pose celui de la réinterprétation formelle et technique. « Comment ne pas rester inféodé à l’édition ? Comment emporter l’industrie locale sur un territoire qui m’est propre tout en générant de la valeur ? Ce sont les deux grandes questions qui transparaissent dans l’exposition, notamment avec le travail de Lila Guédin qui a travaillé des techniques d’assemblage issues de l’industrie pour créer des chaises, ou qui Nicolas Verschaeve qui utilise des manches à outils pour créer de petits objets d’intérieur comme des patères et des porte-manteaux. » Ces captations et réinterprétations de matrices industrielles préexistantes ouvrent de nouvelles portes esthétiques ou techniques. Qu’ils soient édités ou non, les projets sélectionnés par Lucien Icard et Kevin Lebouvier, commissaires de l’exposition et exposants, portent autant d’éclairages différents sur ces nouveaux rapports à l’industrie, favorisant « une certaine épure stylistique d’abord basée sur l’assemblage ».

Une exposition à découvrir au Bureau de la Mode, des Métiers d’Art et du Design, 30 rue du Faubourg Saint-Antoine, dans le 12e arrondissement de Paris, jusqu’au 3 octobre.

©BDMMA
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24/9/2026
Les Grands Prix de la Création 2026 révélés !

Depuis 1993, les Grands Prix de la Création de la Ville de Paris accompagnent les nouvelles générations de créateurs et créatrices dans les domaines de la mode, du design et des métiers d’art. Voici les huit lauréats de cette 33e édition.

Créés il y a trente-trois ans, les Grands Prix de la Création s’inscrivent dans la politique de soutien de la Ville de Paris aux secteurs de la mode, du design et des métiers d’art. Organisés par le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d’Art (BDMMA), ils récompensent cette année huit professionnels, chacun bénéficiant d’une dotation de 18 000 euros. Une goutte d’eau au regard des 350 candidatures reçues par les jurys, présidés cette année par Ionna Vautrin pour le design, Lisa Gachet pour la mode et Jeremy Maxwell Wintrebert pour les métiers d’art.

Prix Révélation Design : behagelfoiny

Antoine Behaghel et Alexis Foiny se rencontrent lors de leurs études aux Arts Déco. Peu à peu, inspirés par le ready-made, ils développent des projets autour de l’exploration des matériaux à leur disposition. Une démarche qui les conduit à fonder leur studio en 2020, autour d’une pratique inspirée desnéo-artisanats. « Nous sommes un point de connexion entre différents corps demétier, ce qui nous permet de nous réapproprier la création et la productiond’objets en mettant en place des manières de faire inédites. C’est notre ADN, même si nous étendons nos expertises à d’autres domaines comme la scénographie.Cette approche nous conduit à répondre à des problématiques liées à lasensibilisation à l’écologie et à l’enfance. » Une démarche qui a déjà attiré l’attention de galeries et d’institutions, comme Le French Design, qui les a intégrés à son palmarès FD100, ou le Mobilier national, qui a acquis leur bibliothèque Alupié en 2026.

Ccollection Tubulure © behaghelfoiny

Prix Engagement Design : Marie et Alexandre

Représentés par la galerie Signé, rue Jacob à Paris, Marie et Alexandre présentent actuellement "Under Pressure", une exposition d’objets mis en forme par pression. Un projet qui résume en quelque sorte leur travail, entamé il y a cinq ans après une rencontre à la Villa Noailles, lors de la Design Parade. Marie, passée par la HEAD de Genève et l’ECAL à Lausanne, et Alexandre, formé à l’ENSCI – Les Ateliers puis au California College of the Arts à San Francisco lors d’un échange universitaire, partagent une curiosité pour les savoir-faire qui les pousse à adopter une pratique itinérante. Entre visites d’usines et expérimentations sur le terrain, le duo collabore notamment avec Glas Italia, Dryade et Petite Friture. « Nos créations pour les galeries nous permettent de mener une recherche libre sur laquelle nous nous appuyons pour passer à des projets plus industriels. »

Marie et Alexandre © Rebekka Deubner

Prix Révélation Mode : Anthony Calydon

Coudre. Une activité qui occupe l’esprit d’Anthony Calydon depuis douze ans. Il commence par confectionner ses propres vêtements, fait un passage éclair à ESMOD, puis décide de poursuivre en autodidacte. Sa carrière débute doucement grâce à Instagram. En parallèle de son activité auprès d’artistes qu’il habille, il travaille comme modéliste pour des griffes émergentes. Mais pas question d’aller trop vite tant qu’il n’a pas trouvé son style, celui qui sera reconnaissable au premier coup d’œil. « J’ai toujours été inspiré par les designers japonais. J’avais envie de proposer quelque chose de fort, sans logo.Qu’on se dise en voyant mes pièces : ça, c’est Anthony Calydon. Et, peu à peu, j’ai fait du bord-côte et de la couture surjet ma signature. » Un univers et un travail ancrés dans leur époque, portés par une grande attention aux savoir-faire.

© Anthony Calydon

Prix Engagement Mode : Collectivo

Ingénieure chimiste à l’INSA, puis titulaire d’un master à HEC, Samia Boukbir passe cinq ans dans le marketing et le développement international du maquillage avant de rejoindre un collectif consacré à la mode upcyclée. Son parcours professionnel se mue alors en voyage. « En 2016, je suis allée à Cuba et ma vie professionnelle a basculé, se souvient Samia Boukbir. J’ai découvert une société qui était entièrement basée sur la récupération, moi qui étais depuis presque sept ans dans l’industrie chez L’Oréal et Dior. Cela m’a poussée à me questionner. Quand je suis rentrée, j’ai quitté mon poste… et j’ai atterri aux Puces de Saint-Ouen ! » C’est dans ce berceau historique de l’économie circulaire à Paris que Samia installe Collectivo, officiellement lancé en 2022. Le collectif a depuis collaboré avec 22 designers. Chaque nouvelle collection est l’occasion d’ouvrir ce cercle à de nouveaux talents grâce à des appels à projets. « Tout part de nos sélections de matières à upcycler : c’est autour d’elles que nous construisons les plans de nos trois collections, autour de l’officewear réinventé, du sport et de l’innovation. »

© Collectivo

Prix Accessoires Mode : Luca Colosimo — 10.03.53

L’histoire commence par l’achat d’un énorme sac orange. Un premier achat à l’origine d’un déclic. « C’était un acte d’émancipation. Pour mon papa, le sac était l’objet interdit pour un homme. Or, moi, il me fascinait ! » Il faudra cependant attendre un peu avant que Luca Colosimo ne se consacre à cet accessoire. Après des études en modélisme industriel pour le prêt-à-porter, qu’il déteste, une bourse qui lui permet de se former au prototypage en maroquinerie et des expériences chez Gucci, Isabel Marant et Paco Rabanne, il connaît, en 2020, une prise de conscience. Il lance alors sa propre griffe, à laquelle il attribue la date de naissance de son père : 10.03.53. De là naissent des créations sensuelles aux formes plutôt classiques, avec un intérêt particulier pour les matériaux innovants. « Aujourd’hui, nous faisons des sacs en papier, en béton armé, en cuir non traité… Nous nous amusons ! »

Luca Colosimo © 10.03.53

Prix Accessoires Bijoux Mode : Sarah Madeleine Bru

Formée dans une école de design à Nantes, Sarah Madeleine Bru comprend très vite qu’elle est passionnée par l’artisanat. Elle multiplie les stages et les missions en freelance alors qu’elle est encore étudiante, avant d’intégrer laCreative Academy, l’école du groupe Richemont basée à Milan, qui forme au design dans les secteurs de la joaillerie, de l’horlogerie et des accessoires. «Cela m’a permis d’intégrer la marque Dunhill, méconnue en France, mais qui est un peu comme Hermès pour homme. » Elle y reste un an, à l’époque où Kim Jonesen est le directeur artistique, avant d’être repérée par Louis Vuitton. Puis,en 2012, elle se lance en solo. « Au début, je vendais mes bijoux en argentessentiellement à mes amies. Puis j’ai eu de la presse, j’ai été identifiée etj’ai fait évoluer mes créations. Aujourd’hui, la haute joaillerie et les commandes spéciales ont pris le dessus. »

Bagues Vipère et La Vague, Platine et diamants naturels © Aude Le Barbey

Prix Révélation Métiers d’art : Chloé Valorso

Sculptrice, bronzière et joaillière, Chloé Valorso découvre la technique de la fonte à cire perdue lors de ses études à Londres, à Central Saint Martins puis au Royal College of Art. « J’ai voulu apprendre la technique de A à Z.Normalement, les artistes vont chez des fondeurs extérieurs ou apprennent à réaliser quelques étapes. Je voulais tout maîtriser pour pouvoir innover. » Inspirée par les séminaires d’anthropologie, les ouvrages sur le nouveau matérialisme et l’éco-féminisme, la créatrice travaille par collages, donnant naissance à des objets proches de « cadavres exquis d’histoires, de mythologies », ouverts sur l’imaginaire. « Je travaille la plupart du temps à partir de matériaux imprégnés du vivant : des mues de serpents transmutées en bronze, des fleurs que j’immortalise grâce à une technique de fonte directe que j’ai développée.Je viens de réaliser des bougeoirs, associations de racines, de vertèbres de serpents et de fleurs récupérées dans les jardins parisiens. »

© Chloe Valorso

Prix Engagement Métiers d’art : Les Ateliers Victor Bert

Donner de la visibilité à un métier en voie de disparition : voici ce qui a poussé Victor Bert, peintre en lettres, à participer aux Grands Prix de la Création de la Ville de Paris. Fasciné depuis toujours par les monuments historiques, Victor suit une formation de tailleur de pierre à Amiens. C’est là qu’il découvre la gravure sur pierre et se prend rapidement de passion pour la lettre. Son CAP en poche, il s’installe à Paris, travaille tout en complétant son cursus par des cours de typographie et de calligraphie. « J’ai toujours su que la lettre dépassait la taille de pierre, qu’il fallait explorer une multitude de supports. Je n’ai ainsi jamais cessé d’enrichir ma pratique. C’est comme cela que j’ai découvert, en 2015, un documentaire sur la peinture en lettres américaine et que j’ai décidé de m’y mettre. »

Dorure sous verre gravé en cours © Chloé Brunet (Passerelle Studio)
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24/9/2026
DCW éditions agrandit la collection Seagull

Pensée par Thierry Dreyfus pour DCW éditions, la collection Seagull s’agrandit avec une nouvelle suspension de 160 cm. Un changement d’échelle qui conserve le principe fondateur du luminaire : donner à voir la lumière plutôt que la lampe.

Faire de la lumière une présence sans laisser le luminaire s’imposer dans l’espace : c’est le parti pris de Seagull, imaginée par Thierry Dreyfus. Pour la dessiner, le designer s’est inspiré du Johnson Wax Building de Frank Lloyd Wright, construit à la fin des années 1930, dont les tubes de verre diffusent la lumière extérieure vers l’intérieur. Une sensation que Thierry Dreyfus transpose à l’échelle domestique à travers une succession de tubes lumineux disposés horizontalement, dans une composition aux accents Art déco.

Suspension Seagull, design : Thierry Dreyfus

Nouvelles proportions, nouvelles possibilités

Déjà proposée dans une version de 120 cm, Seagull se décline désormais dans un format de 160 cm, pensé pour accompagner des tables plus grandes. Suspendu idéalement entre 80 cm et 1 m au-dessus du plateau, le luminaire étire la lumière plutôt que de la concentrer, dessinant un « toit de lumière », pour reprendre les mots de Frédéric Winkler, président et fondateur de DCW éditions Une nouvelle échelle qui ouvre également Seagull à d’autres usages car plus qu’un simple point lumineux, la suspension peut devenir un véritable trait dans l’espace, capable d’accompagner l’architecture et de guider le regard. Une approche qui prolonge les recherches de Thierry Dreyfus, connu pour ses installations lumineuses et ses collaborations avec Comme des Garçons, Raf Simons ou encore Peter Marino. L’objectif étant de mettre la lumière en scène, ici dans une version pensée pour le quotidien.

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22/9/2026
Astre Mobile sur la route des métiers d’art

À l’occasion de la Paris Design Week, et jusqu’au 4 octobre, l’Hôtel de la Marine accueille une Méhari. Un véhicule hybride à l’allure lunaire, imaginé par Maison Lacmé comme un hommage aux métiers d’art.

Si l’Hôtel de la Marine s’est imposé comme l’un des lieux importants de la Paris Design Week, le choix audacieux de cette année a de quoi surprendre. Une drôle de voiture, stationnée en plein cœur de la cour et dont le compteur, tout juste sorti de l’atelier, semble déjà bloqué sur 40 075 kilomètres. Un problème ? Non, un indice. Car derrière ce profil que l’on connaît tous, celui de la Méhari produite par Citroën, se cache un véritable manifeste de design et un hommage aux métiers d’art.

La plaque du boîtier de chauffage réalisée en héliogravure par Fanny Boucher & Lise Richardot et le levier de vitesse en porcelaine de Limoges par Ateliers Arquié ©Maison Lacmé

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Une collision entre industrie et artisanat

Derrière ce projet se cachent Cécile et Antoine Tauvel, à l’origine de Maison Lacmé, fondée il y a deux ans. Leur objectif : créer des œuvres fonctionnelles à partir d’objets du quotidien. Une ambition qui a poussé les deux passionnés de voitures anciennes à s’intéresser au potentiel de laMéhari. « Pour beaucoup de Français, elle évoque les années 60 ou des souvenirs de vacances en bord de mer. Mais pour moi c’était aussi l’aspect lunaire qui me parlait et me rappelait les couvertures de certains albums de Tintin. Donc notre rôle était de révéler la symbolique et la rêverie déjà existantes »,explique Antoine Tauvel. Alors le couple imagine le cadre. Ce sera un doré, en écho aux arts décoratifs français et à l’histoire de l’art, apposé par touches sur un châssis transparent. « Ce qui nous semblait intéressant, c’était de faire naître un certain équilibre entre l’industrie et l’artisanat d’art en jouant sur les contrastes. » Une recherche esthétique menée avec un industriel français pour repenser la composition du polymère et éviter le jaunissement du châssis sur lequel une couche de céramique transparente a ensuite été appliquée. « L’enjeu était de muer cette typologie purement industrielle en objet d’art sans lui donner le statut d’objet de luxe. Il fallait donc d’abord susciter une curiosité formelle pour ensuite amener le regard sur les petits éléments », détaille Cécile Tauvel. Une quête de narration où l’automobile véhicule l’imaginaire.

Les enjoliveurs en onyx par Hervé Obligi et les lanières en cuir de Russie par Elise Blouet ©Maison Lacmé

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Un concentré de savoir-faire

Qui a dit qu’un enjoliveur et une lampe, ou encore un logo automobile et une broche, n’appartenaient pas aux mêmes mondes ? Certainement pas Maison Lacmé dont l’ambivalence des objets se trouve au cœur du projet.Chacun des douze éléments réalisés par des artisans d’art possède en effet une fonction pratique. « Cette voiture est un cheval de Troie, un cabinet de curiosités mobile qui recèle des choses en son sein », résume Antoine Tauvel à l’origine de ces doubles fonctions. « Cette idée est centrale. Nous avons réalisé tous les dessins préparatoires et les choix esthétiques en interne puis nous les avons présentés aux artisans. » Dès lors, le projet devient collaboratif et les esquisses sont ajustées dans un souci de cohérence esthétique. Le volant travaillé à partir de bois flotté et la sellerie brodéede coquillages ouvrent un horizon maritime, là où le compteur en marqueterie de plumes — bloqué sur la circonférence de la Terre — peut être extrait et utilisécomme horloge de bureau. Au-delà de l’usage, les techniques utilisées rappellent celles des grandes heures de l’art décoratif français. Parmi elles,la technique du trompe-l’œil mise en pratique pour remplacer les enjoliveurs en pierre par des versions peintes lorsque le véhicule roule.

Véritable « outil de déplacement poétique », la méhari de Maison Lacmé fait escale jusqu’au dimanche 4 octobre dans la cour de l’Hôtel de la Marine.

Le compteur en marqueterie de plumes de Maison Vermeulen et le logo brodé par Marie Archambaud ©Maison Lacmé
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