Marcin Rusak : Natures mortes
Portrait de Marcin Rusak ©Mathijs Labadie

Marcin Rusak : Natures mortes

Petit-fils et fils de floriculteurs varsoviens, Marcin Rusak puise ses sources tout naturellement dans le végétal qu’il intègre dans ses créations de manière narrative. Et c’est aux matériaux vieillissants ou en décomposition que le créateur s’intéresse en particulier. En hommage à deux générations de producteurs de fleurs, mais aussi parce que l’histoire professionnelle familiale s’arrête à la sienne, Marcin ressent le besoin de retranscrire ce passé décomposé. Désormais installé en Angleterre, il transforme fleurs et feuilles patiemment en œuvres d’artisanat d’art exceptionnelles.


« L’histoire familiale de plus de cent ans s’est arrêtée à ma naissance. Le souvenir des serres délaissées, des matériaux industriels comme le métal rouillé ou le verre brisé, les éléments abandonnés comme les jardinières en zinc, les pompes et autres machines aux fonctionnalités inconnues me donnaient l’impression d’un paysage quasi fantomatique. » Ce paysage est désormais bien vivant dans le travail de Marcin Rusak. Il collectionne dans un premier temps les végétaux jetés d’un marché aux fleurs londonien qu’il retraite en sculpture ou mobilier, dénonçant au passage la sur consommation. Son travail devient le témoin de l’obsession que l’être humain a pour la nature qu’il utilise comme élément décoratif, en référence aux motifs floraux par exemple, mais sans pour autant s’entourer d’éléments vivants. À sa manière, Marcin prolonge la vie de ces fleurs naturelles mises au rebus, en les intégrant dans ses œuvres qui interrogent sur la temporalité. «  Je les utilise comme support pour parler de la consommation. En les suspendant dans de la résine, je permets à la matière de conserver leurs qualités authentiques. »

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Flora Coffee Table / Bronze ©Mathijs Labadie
Flora Monolith 190 © Kasia Bielska

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Marcin utilise deux techniques pour figer les végétaux. La collection Flora Temporaria consiste à les immerger entièrement dans la résine, ce qui a pour résultat de créer une profondeur qui rappelle celles des natures mortes flamandes du XVIIe siècle. Pour Flora Perma, c’est uniquement la section transversale du végétal qui est utilisée, à l’image des coupes de dissection. Cette technique est une forme de pied de nez aux textiles à motifs floraux que l’on retrouve notamment en décoration. Ici, ce sont de véritables fleurs qui font office de décor, mais traitées comme un tissu à part entière qui est recouvert de résine.

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Flora Coffee Table / Bronze ©Mathijs Labadie

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Plusieurs coloris de résine offrent des lectures différentes. La résine noire rehausse les contrastes presque dramatiques entre la matière dans laquelle les fleurs sont figées et le végétal lui-même. « Ils apparaissent comme des veines ou des fossiles qui créent une qualité semblable à celle de la pierre. » À l’inverse, la résine laiteuse rend ces natures mortes plus romantiques. Buffet, paravent, table et autre panneau mural résultent de la logique de leur créateur, celle de leur donner du sens en utilisant de la matière organique pour en faire des pièces fonctionnelles et esthétiques.

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©Mathijs Labadie
Lampe Flora ©Mathijs Labadie

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Tel un archéologue, Marcin Rusak s’appuie sur les traces du passé mais aussi sur la revalorisation des processus naturels de dégradation, une façon peut-être de faire le parallèle avec une certaine obsolescence de l’être humain…

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Rédigé par 
Cécile Papapietro-Matsuda

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© Matteo Girola

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