Le FRENCH DESIGN by VIA expose 20 chaises pour en voir de toutes les couleurs
Le fauteuil ART 77,5 de Charlotte Juillard édité par Noma fait face à la chaise Mirèio édité par Margaux Keller ©Felix Dol Maillot

Le FRENCH DESIGN by VIA expose 20 chaises pour en voir de toutes les couleurs

À l'occasion de l’exposition "Chromo Sapiens" dédiée à la couleur, Le FRENCH DESIGN by VIA expose jusqu'au 15 septembre 20 chaises illustrant tour à tour, la puissance visuelle des teintes dans l'univers du design.

Disparue pendant plusieurs décennies au profit d'une certaine sobriété ou de la forme, la couleur fait depuis quelques années son grand retour dans nos intérieurs. Plutôt appliquée par le biais de pièces pop rappelant les décennies les plus teintées de l'histoire du design, elle semble encore cantonnée à un éventail de marques qui affichent aujourd'hui un contrepied esthétique avec les coloris passe-partout encore largement en vogue.

C'est lors de l’exposition Design x Durable x Désirable que l'idée d'exposer la couleur est apparue, raconte Jean-Paul Bath, directeur du Le FRENCH DESIGN by VIA. « Les coloris tournaient toujours autour des beiges, des marrons et des verts ce qui nous a amené à nous demander si cette nouvelle tendance ne signait pas la fin de la couleur dans le domaine du meuble. » Une préoccupation d'autant plus grande à ses yeux, que la France « est aujourd'hui très reconnue dans ce domaine difficile où de nombreuses connaissances sociologiques comme historiques sont nécessaires. »

De gauche à droite : Mawu Spring édité par Laura Gonzalez, Bubble du designer Sacha Lakic pour Roche Bobois, le siège Week-end dessiné par Studio Brichet-Ziegler pour Petite Friture, le fauteuil ART 77,5 de Charlotte Juillard édité par Noma ©Felix Dol Maillot

‍

Une “french touch” que l'institution a mis en avant par l'intermédiaire de cinq pôles, comme autant de manières d'envisager la couleur et de la différencier. Focalisés sur une seule typologie de mobilier à savoir la chaise, objet emblématique de la création design, Le FRENCH DESIGN by VIA « ne voulait pas que les visiteurs se disent que le vert est beau car il est apposé sur un bureau ou le violet est laid, car il recouvre un canapé. »

Accompagné sur la mise en place de l'exposition par le Comité français de la couleur pour les éléments de langage, et par le studio Uchronia pour la scénographie, Le FRENCH DESIGN by VIA a souhaité mélanger tous les styles, toutes les gammes et toutes les marques. « Qu'il s'agisse de maisons connues et ou de créateurs indépendants, notre but était avant tout de montrer comment la couleur apporte une autre dimension au design ; montrer sa capacité à faire appel à nos sens et à notre imaginaire. » précise Jean-Paul Bath.

A gauche le fauteuil Extra Bold par Big-Game et édité par Moustache. A droite French Garden de Pierre Gonalons pour Moissonnier©Felix Dol Maillot

‍

La couleur, une source d'identité

Situé entre l'opposition et la complémentarité par rapport à une chaise classique, « Nuancer ses collections » regroupe quatre assises alternatives. Plus longue, plus courbe, ou même double, les modèles de cette sélection jouent avec la couleur pour sortir des sentiers battus. Parmi eux, Hemicyle confident trouve une place singulière. Réalisé par Philippe Nigro, en collaboration avec Ligne Roset et le Mobilier National (institution qui gère notamment l'ameublement du Sénat et de l'Assemblée nationale, d'où le nom de la création), « ce fauteuil se prêtait à être habillé. » Imaginée pour une gamme de cinq modules reprenant le principe constructif des dossiers en S, cette création était avant tout « une page blanche destinée à accueillir la couleur » pour Philippe Nigro. Jouant sur les vues entre intérieur et extérieur, son design était particulièrement propice. « Nous avons réalisé plusieurs essais avec différentes teintes et plusieurs matériaux. J'aime jouer sur les nuances et j'ai toujours aimé développer des gammes chromatiques. À ce titre, c'est un fauteuil intéressant pour lequel nous avons fait plusieurs essais, dont un mix jaune et écru lors du salon de Milan. » Un jeu parfois osé que le designer revendique comme « une invitation à s'amuser après une période de morosité. Il y a peu de limites si ce ne sont d'éventuels jeux de trames ou la tenue du tissu, alors autant ne pas être trop sage ! » conclut-il.

Hémicycle Confident de Philippe Nigro édité par Ligne Roset ©Felix Dol Maillot

‍

La couleur, parti-pris d'un univers

En design, parler de couleur, peut être parler d'identité. Pour Jean-Paul Bath, directeur de Le FRENCH DESIGN by VIA, « certaines marques ont de suite été évidentes comme Sarah Lavoine et son bleu signature, Fermob pour qui la couleur est inscrite dans le positionnement stratégique, ou encore Jean-Charles de Castelbajac et son utilisation des couleurs primaires. » Autant de créateurs qui utilisent le cercle chromatique comme un vecteur d'émotions. Parmi les pièces les plus visuelles de la section « Pigmenter sa différence », le fauteuil Sunny signé par le studio Uchronia, sort du lot. Inspiré par le lever du soleil autant que par la chaise confidente inventée sous Napoléon, l'assise se pare d'un dégradé d'orange, la couleur signature de la marque. Guidé par l'envie « d'apporter de la joie et de la couleur dans les intérieurs », le studio Uchronia « imagine souvent la couleur avant la forme » raconte Clémentine Bricard. Rappelant les années 70 avec le chêne laqué et le tissu Waving flower de la manufacture de soie Prelle, Sunny est « un mélange organique et graphique né d'une volonté d'expérimentation. »

La fauteuil Sunny de Studio Uchronia ©Felix Dol Maillot

‍

La couleur, symbole de vie et d'interaction

Complice de formes pas si conformes, la couleur attire ou repousse, mais laisse rarement indifférent. C'est généralement de sa capacité à accrocher le regard que pourra découler dans un second temps une analyse plus formelle. Imaginé dans un espace nommé « Attraction carnation », Hexomino disco est au-delà de la chaise. Véritable concept, elle est le fruit d'une collaboration entre le studio Sam Buckley et Zyva studio. Destiné à n'être qu'une NFT à ses débuts, la création a ensuite été matérialisée pour constituer avec quatre autres éléments de mobilier, l'Hexomino Disco collection. Réunis autour du concept des hexominoses selon lequel il n'existe que 35 combinaisons différentes pour assembler six cubes, le fauteuil a été imaginé comme un puzzle géant. « Si nous avons fait en sorte d'obtenir une forme qui ressemble à une assise, le positionnement des couleurs est lui complètement hasardeux » détaille Anthony Authie, directeur et designer de Zyva Studio. Répartie mathématiquement en cinq familles, chaque hexominose a été affublée d'une couleur. « Nous avions choisi un dégradé, du bleu au vert en l'occurrence que nous avons séquencé en cinq de manière à obtenir des teintes très saccadées, mais un enchaînement fluide. » De ce savant mélange entre règle organisée et jeu aléatoire est né « une sorte de paterne de l'ordre du pixel de camouflage » analyse le créateur qui entretient dans ses conceptions un lien très étroit avec la couleur. « J'ai travaillé dans une agence d'architecture pendant des années et j'ai été frappé par la différence de langage entre chaque corps de métier. Le seul langage commun sur un chantier était celui des couleurs hautes densité (fluo) que chacun déposait sur les éléments. » Une signalétique aujourd'hui introduite dans ses projets. « J'aime quand les verticales et les horizontales se fondent et que cela floute les frontières. C'est quelque chose que l'on retrouve chez Hexomino disco et qui permet de s'interroger sur les raisons de définir telle ou telle chose comme cela. C'est l'un des intérêts de la couleur dont la symbolique est à mes yeux celle du vivant. » Et cela tant dans la nature, que dans les intérieurs.

Le siège Hexomino Disco de Zyva Studio & Studio Sam
Buckley ©Felix Dol Maillot

‍

La couleur, témoignage d'une époque

Existe-t-il réellement une apogée du design ? Difficile de répondre à la question. Il est néanmoins possible de dire que certains design traversent mieux les époques que d'autres. Mais quelle est la place de la couleur dans cette quête d'intemporalité ? Si certaines marques jouent la carte de la sobriété, d'autres valorisent au contraire des design fort évoquant un patrimoine décoratif riche. C'est le cas de Rinck et son fauteuil 73 exposé dans la section « Apogée colorée ». « Pour faire simple, je ne supporte ni le noir, ni le blanc, ni le taupe ou tout ce qui est facile et blème » annonce Valentin Goux, directeur artistique de la marque. « J'aime jouer avec les présupposés du design pour sortir des coloris plus pop. Notre métier est justement de faire envisager tous les possibles aux clients. Donc en poussant les motifs colorés loin, j'espère donner l'envie d'un élément moins sage que ce que l'on voit souvent ! » Inspiré par un fauteuil de la marque présenté en 1973, le créateur explique avoir imaginé le tissu – réalisé par Thévenont - à partir d'un dessin de feuille d'arbre datant de 1938, réinterprété dans une version cubiste. Une inspiration d'hier pour répondre au besoin de demain. « La couleur a disparu sur les dernières décennies, mais elle revient. C'est un balancier de génération qui s'opère et dans lequel la couleur a une véritable carte à jouer. Il y a fort à parier qu'une personne qui a grandi dans un intérieur grège voudra certainement un intérieur plus pop, d'autant que nous sommes aujourd'hui dans une période d'éclectisme. » Une vision qui souligne le pouvoir émancipateur de la couleur, notamment lorsqu'elle est appliquée aux objets du quotidien.

Le Fauteuil 73 de Rinck ©Felix Dol Maillot

‍

La couleur, vecteur d'émotions

Souvent associée à une matière, la couleur est généralement le fruit d'un cheminement industriel. Que la matière induit la couleur ou que ce soit l'inverse, le résultat témoigne parfois d'une recherche mêlant innovation et esthétisme. Par l'espace nommé « Archéologie de la couleur », Le FRENCH DESIGN by VIA propose notamment un aperçu du travail de YuTyng Chiu pour Komut. Combinaison totale entre la matière et la couleur, le procédé de fabrication par impression 3D donne à voir une structure nue aux formes courbes. « Je suis née dans un petit village de la côte taïwanaise nommé Taitung. Ma palette de couleur est donc largement inspirée de la mer, de la forêt et de la montagne » explique cette ancienne designer textile qui revendique s'inspirer des années 70 et des formes féminines. « Ce qui m'intéresse ce n'est pas directement de lier la couleur et la forme, mais la couleur et l'émotion. Exposer cette chaise bleu azur n'est pas un hasard. C'est la couleur de la paix et de l'atmosphère. Donc en travaillant des couleurs douces et des formes courbes, je parviens à donner à des matériaux problématiques destinés au rebut de l'industrie automobile, une apparence douce et agréable. » Consciente de la diversité des marchés, la créatrice diversifie également sa collection à des couleurs plus pop en accord avec leur temps.

La chaise longue 1,7km de YuTyng Chiu pour Komut ©Felix Dol Maillot

‍

Si la couleur est depuis la nuit des temps indissociable de notre monde, elle évolue cependant au gré des modes et des esprits. Que ce soit pour amener de la vie, questionner, s'identifier ou révolutionner, elle est souvent le reflet de son concepteur. Personnelles dans leur interprétation mais globales dans l'intérêt qu'elles suscitent chez les amateurs de design, quelques chaises partiront à Hong-Kong du 5 au 7 décembre pour s'exposer dans le cadre de la Design December. Un voyage qui s'annonce haut en couleurs !

Rédigé par 
Tom Dufreix

Vous aimerez aussi

Temps de lecture
8/10/2026
À Montpellier, Pierre Paulin siège en majesté

Au musée Fabre de Montpellier, l’exposition « Le design selon Pierre Paulin », ouverte jusqu’au 1er novembre, revient sur plus de cinquante ans de création d’un designer qui a fait de la matière le terrain d’une perpétuelle expérimentation.

‍

Des courbes, de la couleur et des formes, toujours. Mais cette fois-ci, c’est au design que le musée Fabre de Montpellier consacre son espace d’exposition temporaire. Avec « Le design selon Pierre Paulin », l’institution revient, jusqu’au 1er novembre, sur plus de 50 ans de création d’un designer obsédé par la forme. Un créateur qui n’a cessé de repousser les limites de l’assise pour donner corps à certaines des silhouettes les plus iconiques du XXe siècle. Influencé par son grand-oncle maternel, Frédy Balthazar Stoll, sculpteur formé dans l’atelier de Rodin, et son oncle paternel, Georges Paulin, designer automobile à qui l’on doit notamment l’invention du système Éclipse – permettant au toit des véhicules de se rabattre dans le coffre –, Paulin tire deux grandes lignes : la forme et le fonctionnalisme. Une pensée moderniste que l’étudiant en architecture intérieure au Centre d’art et des techniques (aujourd’hui Camondo) retrouve dans les travaux de l’entre-deux-guerres signés Charlotte Perriand ou Jean Prouvé, qu’il admire. De cette influence naît le fauteuil Première réalisation. Une assise imaginée comme un prototype, mais qui révèle déjà des facultés certaines pour la conception et le pousse à réaliser ses premières pièces inspirées par la Scandinavie, où il séjourne en 1951. Rapidement édité par Thonet Frères et Meubles TV, puis exposé au Salon des arts ménagers en 1953, le designer s’engage dans une voie moderniste, troquant la géométrie nordique pour les formes organiques.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Naissance de l’esthétique Paulin

Loin des ensembliers qui avaient révolutionné la première moitié du XXe siècle, Paulin appartient à la seconde moitié du siècle, celle de l’industrie. L’arrivée de nouvelles fibres, dont le jersey, textile souple et élastique symbole de la révolution industrielle des années 1960, lui ouvre de nouvelles possibilités. Il imagine alors de nouvelles formes. Parmi elles, le Groovy et le Mushroom marquent cette décennie et lui confèrent l’image d’une époque colorée, notamment grâce à des figures comme Kho Kiang Ie, directeur artistique d’Artifort, ou le designer textile américain Jack Lenor Larsen, avec qui Paulin développe un nouveau langage. Un dialecte à part sur la scène du design qui lui vaut d’entrer au MoMA en 1969 – trois ans après avoir contribué au lancement de l’ARC initié par Jean Coural – grâce au F300 et à la Tongue Chair. Une assise si basse dont on lui avait dit qu’elle ne pourrait être commercialisée. Elle deviendra pourtant l’un des grands succès du designer, pour qui la hauteur de l’assise influe sur les échanges humains au sein d’un même lieu.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Ce rapport à l’espace, Paulin l’aborde également avec une structure mobile développée pour les salons. Bien des années plus tard, cette réflexion l’amène jusqu’aux appartements privés de l’Élysée, où il conçoit le célèbre fumoir du couple Pompidou. Une réalisation emblématique de son talent que le designer tentera d’exporter outre-Atlantique avec une collaboration avec Herman Miller et le développement du concept d’open loft. Un projet tombé à l’eau, sans doute trop précurseur à l’aube des années 1970.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Un design marqué par les innovations

De l’artisanat au concept du déhoussable, en passant par les structures exosquelettes des fauteuils Vague ou de la table Cathédrale, Paulin n’aura eu de cesse d’entremêler les concepts, les innovations et les styles. Et ce, jusqu’à revenir, vers la fin de sa vie, à une esthétique Art déco valorisant la géométrie. En témoignent encore aujourd’hui les tapis abrités par le Conseil économique et social de Paris, basés initialement sur les plans du concours remporté par Buren au Palais-Royal, ou le bureau dessiné pour François Mitterrand. Une remise en question perpétuelle de son travail qu’il poursuivra jusqu’à la fin, avec Ligne Roset ou Magis.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

De ses premières assises aux pièces devenues iconiques, l’exposition raconte la carrière d’un homme qui avait fait du design une matière à penser. L’occasion de redécouvrir – et d’essayer – certaines des silhouettes les plus célèbres du XXe siècle, façonnées par un esprit qui n’a cessé de réinterpréter ses dessins pour qu’à travers eux se lise une histoire moderne.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre
Temps de lecture
8/10/2026
Edgar Jayet retapisse le design industriel pour la Villa Médicis

Pour la Villa Médicis, le designer Edgar Jayet livre trois fauteuils Tapestry. Une réinterprétation du Swivel de la maison d’édition danoise Vipp, retapissé d’un jacquard paysagé.

‍

S’il existe une place qui, parmi plus que nulle autre, a traversé les époques pour garantir à la création un lieu d’expression, c’est la Villa Médicis. Fondée en 1666 par Louis XIV, l’institution française bâtie sur les hauteurs de Rome accueille depuis 2022 le programme « Réenchanter la Villa ». Entamée par India Madhavi, cette nouvelle campagne de rénovation se poursuit aujourd’hui avec les appartements des pensionnaires. Et c’est au numéro 10 que l’architecte et directeur artistique Edgar Jayet présente « Tapestry ». Derrière ce nom, une typologie que le designer considère « comme ce qui est un peu le nouveau chevalet de l’artiste » : la chaise de bureau. « Nous nous sommes intéressés à elle car c’est une pièce essentielle mais, à mon sens, souvent décevante en termes de design, de conception. Je suis donc rentré en contact avec l’éditeur danois Vipp pour y chercher la Swivel chair que j’adore. » Une assise pivotante au design industriel mais surtout à la hauteur du lieu, selon le prescripteur.

Fauteuil Tespetry, design Edgar Jayet © VIPP

Un style néo-éclectique

Fidèle à une certaine vision très « dix-neuviémiste » de l’ameublement, Edgar Jayet a souhaité introduire dans ce projet un pont entre les époques et les styles. « Je me suis interrogé sur ce qu’était l’opposé d’un design industriel et je suis tombé sur la tapisserie. Un élément qui ramène à la naissance des Arts décoratifs, au Moyen Âge, à la Renaissance, à la manufacture des Gobelins… » Une réflexion qui amène alors le designer à sélectionner un jacquard au style forestier de chez Schumacher. « La ligne d’horizon, le feuillage… Pour moi, la notion de paysage intérieur est essentielle dans un atelier d’artiste. C’est une ouverture vers l’extérieur qui fait écho, dans notre cas, au jardin de la Villa Médicis », détaille le designer, marqué par l’ambiance néo-médiévale émanant des chaises tapissées de sa grand-mère. Grâce au métrage relativement long, les trois assises de la Villa se complètent sans que le motif ne se répète et offrent ainsi à l’espace une complémentarité stylistique.

Fauteuil Tespestry, design Edgar Jayet © VIPP

Un projet à acquérir

Imaginé à l’origine pour l’institution romaine, le fauteuil Tapestry sera également disponible à la vente à partir du mois de janvier. Avec ses 50 pièces, cette collection capsule s’inscrit dans la volonté plus globale de la maison d’édition danoise de développer des collaborations bespoke autour de leur best-seller : la Swivel. L’occasion de s’offrir un petit morceau de la Villa et de connecter, comme elle, les époques par le prisme du design.

Temps de lecture
6/10/2026
À la Galerie kreo, la fluidité du hasard par Tejo Remy

Tejo Remy présente "Solid Air, Liquid Colour" à la Galerie kreo jusqu’au 10 octobre. Une série de 43 vases en verre, née de deux années de recherche au Cirva, à Marseille. Entre différentes techniques, le designer néerlandais explore ce qui se joue lorsque la maîtrise du geste rencontre les imprévus de la matière.

‍

Trouver dans le hasard les grandes lignes de l’expérimentation plastique : voilà la philosophie qui caractérise le travail de Tejo Remy. Membre du collectif Droog, le designer néerlandais investit la Galerie kreo jusqu’au 10 octobre avec 43 vases en verre de sa collection Solid Air, Liquid Colour. Mené avec le Cirva — Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques — à Marseille, ce projet explore les comportements de la matière. Ici, l’objet n’est ni sériel ni reproductible à l’identique, mais compose un ensemble. Une approche qui rappelle celle de la Chest of Drawers, présentée en 1991, dans laquelle des tiroirs, tous différents, étaient assemblés pour former un meuble unique. L’unicité des composants devient le point de départ d’un projet de recherche.

© Alexandra de Cossette Courtesy Galerie kreo

‍La matière formée par le matériau

Pendant près de deux ans, dont dix semaines de travail au sein du laboratoire marseillais, avec l’appui de verriers et de techniciens, Tejo Remy s’est intéressé aux réactions du verre et aux différentes techniques de sa mise en forme. Reprenant des procédés classiques de soufflage et de moulage, le designer s’est également penché sur la fabrication des moules. Une base de recherche qui permet notamment d’expérimenter le passage d’une forme négative à une forme positive et qui l’a conduit à s’intéresser à la notion d’empreinte. Du bois à l’acier, en passant par le plâtre ou le roseau, le matériau du moule porte en lui d’autres matérialités. Des traces que l’imprévisibilité des déformations du verre vient enrichir d’un léger mouvement. La couleur participe également à cette perception. La série associe des rouges et des orangés, des bleus, des verts ainsi que des teintes transparentes, dont l’apparence évolue avec la lumière. De quoi conférer à la matière refroidie le paradoxe d’une certaine fluidité.

© Alexandra de Cossette Courtesy Galerie kreo
Temps de lecture
5/10/2026
Maison & Objet : « Japan Wood x Craftsmanship », un stand dédié à l’artisanat japonais

Sur le salon Maison & Objet en septembre, les savoir-faire traditionnels japonais liés au travail du bois ont été mis à l’honneur sur le stand « Japan Wood x Craftsmanship ». L’occasion de valoriser des techniques traditionnelles, parfois vieilles de plusieurs siècles, témoignant d’un artisanat minutieux, précis et profondément ancré dans la culture japonaise.

‍

« Notre principal objectif en venant en France est de montrer l’intégrité de l’artisanat japonais du bois et de promouvoir ces savoir-faire. Nous souhaitions également mettre en avant le caractère durable du bois que nous cultivons », expliquait Yohei Kato, responsable du stand. Véritable symbole de la culture japonaise, le bois occupe une place importante dans le quotidien au Japon. Pour sa première participation au salon, le stand avait une mission claire : valoriser les savoir-faire japonais liés au travail du bois à travers les techniques traditionnelles de fabrication, mais aussi les objets qui en découlent. De l’emblématique boîte à bento aux seaux à champagne, en passant par des bols ou encore des poupées kokeshi, le stand présentait une grande variété d’objets et d’accessoires.

© Intramuros

Valoriser les savoir-faire traditionnels

Au-delà de la matière elle-même et des objets proposés, l’accent était avant tout mis sur les savoir-faire et les techniques liés au bois, pour la plupart transmis de génération en génération. Plusieurs de ces artisanats étaient représentés sur le stand, chacun associé à une région spécifique du Japon : l’Odate Magewappa - une technique de cintrage du bois - originaire d’Akita ; le Hakone Yosegi-Zaiku - une technique de marqueterie de bois - provenant de Kanagawa ; les objets laqués d’Ishikawa ; ou encore les poupées kokeshi de la région du Tohoku. Le stand présentait également des créations plus contemporaines, notamment du mobilier, avec des chaises ou des tabourets, témoignant des applications actuelles du bois dans le design.

© Intramuros

Sur place, l’artisan Yoshimasa Shibata proposait aux visiteurs de découvrir directement la technique du cintrage du bois en présentant plusieurs étapes de fabrication d’une boîte à bento. Yoshimasa Shibata est l’un des 16 seuls artisans certifiés « Traditional Craftsmen » au Japon spécialisés dans le magewappa, ces petites boîtes en bois cintré. Une certification qui nécessite au minimum douze années d’expérience pratique dans la fabrication. Développé comme artisanat il y a environ 400 ans et transmis depuis de génération en génération à partir de cèdre d’Akita cultivé localement, le magewappa se définit avant tout par sa technique de cintrage. Le cèdre naturel d’Akita est assoupli dans une eau chauffée à plus de 80 °C, puis courbé en un seul mouvement continu, guidé uniquement par le toucher et le savoir-faire de l’artisan.

© Intramuros

Une manière de faire découvrir au public ces savoir-faire encore relativement méconnus. Plus largement, l’initiative visait à encourager le dialogue et à favoriser de potentiels partenariats avec des acteurs européens, autour de produits existants comme de nouvelles pièces adaptées à des usages plus contemporains. Le stand présentait également des produits récompensés par le Wood Design Award, qui distingue des créations mettant en valeur les qualités et l’attrait du bois, témoignant ainsi de la manière dont les techniques japonaises sont aujourd’hui transposées dans le design contemporain. « L’objectif de notre participation est de favoriser les échanges et les rencontres susceptibles de déboucher sur des partenariats avec des entreprises européennes, entre autres. Nous sommes également ouverts à la possibilité d’exporter du bois japonais », ajoutait Yohei Kato.

Développer la culture du bois au Japon

Au-delà de la valorisation des savoir-faire, le stand souhaitait également mettre en lumière la relation qu’entretient le Japon avec ses forêts et la manière dont celles-ci sont gérées. En effet, près de 70 % du territoire japonais est recouvert de forêts, dont environ 40 % sont des forêts plantées. Celles-ci représentent 8 % de la superficie totale des forêts plantées dans le monde, ce qui place le Japon à un niveau particulièrement élevé à l’échelle internationale. Une situation qui témoigne d’une longue tradition de reboisement, les arbres étant replantés après leur exploitation afin de renouveler les ressources forestières. Le bois s’inscrit ainsi dans une logique circulaire : il absorbe du CO₂ au cours de sa croissance, nécessite relativement peu d’énergie pour être transformé et continue de stocker du carbone une fois devenu un produit fini.

© Intramuros

Cette approche environnementale est étroitement liée aux savoir-faire présentés sur le salon. Les qualités naturelles du matériau, notamment son parfum, ses capacités de régulation thermique et d’absorption de l’humidité ou encore ses propriétés anti-bactériennes ouvrent également la voie à de nouveaux usages. Entre préservation de techniques séculaires, gestion responsable des ressources et applications contemporaines, le stand défendait ainsi une approche du bois où artisanat et durabilité avancent de pair.

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir chaque semaine l’actualité du design.