Unheimlichkeit, « l'inquiétante étrangeté » d'Edgar Jayet
©Stéphane Ruchaud

Unheimlichkeit, « l'inquiétante étrangeté » d'Edgar Jayet

Le designer Edgar Jayet propose Unheimlichkeit, une nouvelle collection plus complète que ses précédentes et pensée comme un hommage au siècle des Lumières.

Voici une collection aux origines aussi diverses qu'à l'inspiration hors du temps. Hommage aux métiers d'art du XVIIIe siècle ainsi qu'au tissage vénitien, Unheimlichkeit est une collection contemporaine construite sur l'héritage du passé. Une dualité porteuse d'un concept et « d'un supplément d'âme » évoqué dans le nom même de la collection : Unheimlichkeit. Un mot concept inventé par Freud et traduit il y a plus de trois siècles par la reine Marie Bonaparte comme une « inquiétante étrangeté ». Une évocation aussi floue que intrigante réhabilitée par le designer, Edgar Jayet, dans cet ensemble de sept modules.

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Une association de techniques et de connaissances

Derrière son nom allemand, Unheimlichkeit est le fruit d'une rencontre transalpine. Inspiré par l'Hôtel Nissim de Camondo et sa vaste collection de pièces du XVIIIe siècle, Edgar Jayet avait depuis quelque temps l'idée de conjuguer son goût pour le mobilier d'antan et la création contemporaine. Une envie « de prolonger l'histoire » concrétisée en 2022 lorsqu'il rencontre à Venise où il séjourne fréquemment, la designer textile Chiarastella Cattana. Débute alors une collaboration faite de savoir-faire croisés où le travail de l'ébénisterie historique rencontre celui du tissage. Un projet nouveau pour le designer qui mêle ainsi « la structure d'un meuble typiquement français du XVIIIe siècle réalisée avec des pièces en fuseau (modules de forme pyramidale) reliées entre elles par des dès d'assemblages (petits cubes situés aux intersections du meuble), et un travail de passementerie issu d'un tissage italien originellement utilisé pour les lits de camp et nommé branda. » Une association esthétique mais également technique. « Avec la réutilisation de cette structure constituée de modules développés au XVIIIe siècle, nous pouvons facilement ajuster nos pièces en fonction des besoins de nos clients. » Un atout renforcé par l'absence de contrainte structurelle de l'assise, uniquement maintenue par deux cordons de passementerie. Une finesse grâce à laquelle « la toile semble flotter sur le cadre comme par magie, dégageant ainsi cette notion d'inquiétante étrangeté » résume le créateur.

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Travailler le présent pour ne pas oublier le passé

« Concevoir des collections contemporaines en y incorporant les techniques du passé est presque un exercice de style auquel je m'astreins pour faire perdurer ces savoir-faire, explique Edgar Jayet. C'est la raison pour laquelle on retrouve la passementerie dans plusieurs de mes créations. » Convaincu par l'importance de rassembler les époques, le designer précise avant tout travailler l'épure de chaque projet. « Unheimlichkeit montre qu'il est possible de faire du contemporain avec les techniques anciennes. Mais cela passe par la nécessaire obligation de faire fit de l'ornementation car c'est elle qui vieillit dans un projet, pas la structure. Ce décor servait autrefois à transmettre des messages ou des idées. Au XIXe siècle son utilisation surabondante et en toute direction menant à l'éclectisme signe véritablement sa fin et conduit progressivement vers le XXe siècle et sa maxime : form follows function. » Une lignée dans laquelle le designer s'inscrit. « A l'agence, nous essayons de récupérer l'essence même du mobilier en le dégageant au maximum de l'ornementation contextuelle et souvent anachronique. De cette façon, nous pouvons restituer des pièces de notre temps, mais semblant malgré tout flotter entre les époques. » Une démarche engagée dans les dernières collections d'Edgar Jayet où se retrouvent des typologies de meubles aujourd'hui disparues. On note par exemple le paravent d'un mètre de haut présenté à la galerie Sofia Zevi à Milan en 2023, mais également le siège d'angle. « Finalement, je crois que la permanence du style passe par le travail de la main. C'est elle qui apporte le supplément d'âme, le Unheimlichkeit théorisé par Freud, mais c'est également par son biais que les techniques refont vivre les époques passées » conclut-il.

©Stéphane Ruchaud
Rédigé par 
Tom Dufreix

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12/10/2026
Areo, la polyvalence selon Alessandro Stabile

Le designer italien Alessandro Stabile dévoile, Areo en collaboration avec Kristalia. Une collection d'assises en métal pensée pour s'adapter aussi bien aux espaces intérieurs qu'extérieurs.

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Pour sa première collaboration avec l’éditeur italien Kristalia, Alessandro Stabile a imaginé Areo, une collection de sièges dont la conception repose sur l'utilisation de la tôle perforée. Un choix technique et esthétique qui dévoile des assises aux lignes fluides et élégantes, où le métal semble épouser les formes à la manière d'un tissu. Constituée d'une structure en tubes d'acier et d'une enveloppe en tôle perforée, la collection se décline en plusieurs versions, avec ou sans accoudoirs, toutes empilables grâce à un travail minutieux sur la forme des dossiers et la disposition des pieds.

© Matteo Girola

Une collection, plusieurs usages

Au-delà de son esthétique, Areo se distingue par une conception pensée pour simplifier les processus de fabrication. Les courbures bi-dimensionnelles de la tôle permettent notamment de supprimer l'étape d'emboutissage, réduisant ainsi les investissements, le temps et l'énergie nécessaires à la production. Autre particularité : sa capacité à passer de l'extérieur à l'intérieur grâce à un système de housses rembourrées, qui peuvent recouvrir partiellement ou entièrement la structure métallique. Une modularité pensée dès les premières étapes du projet, permettant à chaque version de conserver son identité propre. À travers la collection Areo, Alessandro Stabile propose ainsi une collection polyvalente, où recherche technique, confort et esthétique se répondent.

© Matteo Girola
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6/10/2026
La Résidence, une semaine dédiée à l’éco-conception

Éco Impact lance la Résidence, une semaine intensive d'éco-conception mobilier réservée à 12 designers, au Domaine des Escaunes (Gard), du 4 au 11 avril 2027. Un programme 100% financé pour les artistes-auteurs (AFDAS) et les dirigeants de TPE/PME (subvention ADEME).

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Au programme : une immersion complète dans les outils d'analyse de cycle de vie et d'éco-conception, avec des experts pointus — Christophe Lemaire (Consiliom, pitch et argumentaire projet), David Legouix (FCBA, matériaux et innovation), Grégoire Gérard et Camille Cousté (Eco Impact) — et un grand témoin d'exception : Anthony Lebossé, cofondateur de Studio 5.5, lors d'un dîner-conférence.

À l'issue de la résidence, les participants présenteront leur projet devant un jury de professionnels reconnus : Carine Faure (Petite Friture), Alice Viault (Groupe Roset), Marie Carcassonne (Dynamo) et Martin Hallegouët (Bluedigo).

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6/10/2026
RELEASE [AEC] change de dimension pour sa 2e édition

Pour sa 2e édition organisée le 20 octobre prochain, RELEASE [AEC] change de dimension : 25 agences d'architecture internationales viennent partager leurs retours d'expérience concrets sur l'IA et les nouvelles technologies et plus de 40 éditeurs de solutions dédiées.

Le rendez-vous est donné le 20 octobre à la Cité des Sciences et de l'Industrie à Paris. Parmi les intervenants de cette 2e édition figurent notamment Anna Mytcul (KPF), Nitsan Bartov (Henning Larsen), Marco D'Ambrogio (Sweco Architects), Ami Nigam (Benoy), German Otto Bodenbender (BIG – Bjarke Ingels Group), Francis Baucher (Arte Charpentier), Philippe Chiambaretta et Adrien Pointeau (PCA-STREAM), François Muzard (enia architectes), Graham Ryder et Farouk Taoulilit (Viguier), Carlos Bañón (FORMAS.AI), George Guida (xFigura), Ismail Seleit (Gendo), Délhio Gaudé (Arquiz), Jean-Baptiste Nicolas (Unibail Rodamco Westfield), Amir Hossein Noori (Narva), Axel Wohlin (Arkyv) et Jens Majdal Kaarsholm (Motif), ainsi que Heatherwick St

Fidèle à son parti pris depuis la première édition, RELEASE [AEC] privilégie toujours les démonstrations concrètes, loin des simples présentations : chacun repart avec une vision claire de ce que ces solutions permettent de faire, dès aujourd'hui.

Les technologies, les solutions digitales et, bien entendu, l'intelligence artificielle transforment en profondeur la manière de travailler des professionnels de l'architecture et de la construction. C'est précisément ce mouvement que RELEASE [AEC] entend accompagner, en donnant à voir très concrètement ce qui est déjà à l'œuvre dans les agences les plus en pointe.

Pour plus d'informations et s'inscrire c'est ici : https://www.release-aec.com/fr/participer#register

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8/10/2026
À Montpellier, Pierre Paulin siège en majesté

Au musée Fabre de Montpellier, l’exposition « Le design selon Pierre Paulin », ouverte jusqu’au 1er novembre, revient sur plus de cinquante ans de création d’un designer qui a fait de la matière le terrain d’une perpétuelle expérimentation.

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Des courbes, de la couleur et des formes, toujours. Mais cette fois-ci, c’est au design que le musée Fabre de Montpellier consacre son espace d’exposition temporaire. Avec « Le design selon Pierre Paulin », l’institution revient, jusqu’au 1er novembre, sur plus de 50 ans de création d’un designer obsédé par la forme. Un créateur qui n’a cessé de repousser les limites de l’assise pour donner corps à certaines des silhouettes les plus iconiques du XXe siècle. Influencé par son grand-oncle maternel, Frédy Balthazar Stoll, sculpteur formé dans l’atelier de Rodin, et son oncle paternel, Georges Paulin, designer automobile à qui l’on doit notamment l’invention du système Éclipse – permettant au toit des véhicules de se rabattre dans le coffre –, Paulin tire deux grandes lignes : la forme et le fonctionnalisme. Une pensée moderniste que l’étudiant en architecture intérieure au Centre d’art et des techniques (aujourd’hui Camondo) retrouve dans les travaux de l’entre-deux-guerres signés Charlotte Perriand ou Jean Prouvé, qu’il admire. De cette influence naît le fauteuil Première réalisation. Une assise imaginée comme un prototype, mais qui révèle déjà des facultés certaines pour la conception et le pousse à réaliser ses premières pièces inspirées par la Scandinavie, où il séjourne en 1951. Rapidement édité par Thonet Frères et Meubles TV, puis exposé au Salon des arts ménagers en 1953, le designer s’engage dans une voie moderniste, troquant la géométrie nordique pour les formes organiques.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Naissance de l’esthétique Paulin

Loin des ensembliers qui avaient révolutionné la première moitié du XXe siècle, Paulin appartient à la seconde moitié du siècle, celle de l’industrie. L’arrivée de nouvelles fibres, dont le jersey, textile souple et élastique symbole de la révolution industrielle des années 1960, lui ouvre de nouvelles possibilités. Il imagine alors de nouvelles formes. Parmi elles, le Groovy et le Mushroom marquent cette décennie et lui confèrent l’image d’une époque colorée, notamment grâce à des figures comme Kho Kiang Ie, directeur artistique d’Artifort, ou le designer textile américain Jack Lenor Larsen, avec qui Paulin développe un nouveau langage. Un dialecte à part sur la scène du design qui lui vaut d’entrer au MoMA en 1969 – trois ans après avoir contribué au lancement de l’ARC initié par Jean Coural – grâce au F300 et à la Tongue Chair. Une assise si basse dont on lui avait dit qu’elle ne pourrait être commercialisée. Elle deviendra pourtant l’un des grands succès du designer, pour qui la hauteur de l’assise influe sur les échanges humains au sein d’un même lieu.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Ce rapport à l’espace, Paulin l’aborde également avec une structure mobile développée pour les salons. Bien des années plus tard, cette réflexion l’amène jusqu’aux appartements privés de l’Élysée, où il conçoit le célèbre fumoir du couple Pompidou. Une réalisation emblématique de son talent que le designer tentera d’exporter outre-Atlantique avec une collaboration avec Herman Miller et le développement du concept d’open loft. Un projet tombé à l’eau, sans doute trop précurseur à l’aube des années 1970.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

Un design marqué par les innovations

De l’artisanat au concept du déhoussable, en passant par les structures exosquelettes des fauteuils Vague ou de la table Cathédrale, Paulin n’aura eu de cesse d’entremêler les concepts, les innovations et les styles. Et ce, jusqu’à revenir, vers la fin de sa vie, à une esthétique Art déco valorisant la géométrie. En témoignent encore aujourd’hui les tapis abrités par le Conseil économique et social de Paris, basés initialement sur les plans du concours remporté par Buren au Palais-Royal, ou le bureau dessiné pour François Mitterrand. Une remise en question perpétuelle de son travail qu’il poursuivra jusqu’à la fin, avec Ligne Roset ou Magis.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre

De ses premières assises aux pièces devenues iconiques, l’exposition raconte la carrière d’un homme qui avait fait du design une matière à penser. L’occasion de redécouvrir – et d’essayer – certaines des silhouettes les plus célèbres du XXe siècle, façonnées par un esprit qui n’a cessé de réinterpréter ses dessins pour qu’à travers eux se lise une histoire moderne.

In-situ de l'exposition "Le design selon Pierre Paulin" © Musée Fabre
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