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Jean-Michel Wilmotte et la galerie Dutko exposent Rockstone jusqu’au 31 mai. Une collection dans laquelle le verre et l’acier soulignent l’imperfection des pierres destinées au rebut.
« Dans les années 80, je me rendais régulièrement à Carrare pour visiter et explorer les carrières de marbre ainsi que les dépôts ou s’entassent des pierres du monde entier » raconte Jean-Michel Wilmotte. Un contact avec la matière qui a largement influencé l’architecte connu pour ses projets caractérisés par la clarté du dessin. Pour sa nouvelle collection, Rockstone, l’architecte - qui a longtemps préféré la simplicité des pierres lisses et peu veinées dans ses projets - pose un regard plus brutaliste sur la matière.
Présentées au sein de la galerie Dutko, les quinze pièces ont été dessinées comme autant de supports aux singularités des roches. Choisies parmi les rebuts des carrières de Carrare - qui ont donné leurs noms aux pièces - les différentes typologies de mobilier se déclinent en marbre, granit et pierres calcaires. Fendues, sciées, percées ou plus grossièrement arrachées d’un autre bloc, les pierres portent les stigmates de leur exploitation. Plus que le veinage ou la granulométrie de la roche, ce sont les conséquences de l'extraction qui servent de point de départ à l'architecte qui adapte son dessin aux accidents d’origine humaine. « Je conçois et découpe les blocs pour mettre en exergue les parties les plus brutales. » Des aspérités dans les masses que l’architecte encadre ou souligne avec « l’exactitude et la finesse de l’acier microsablé et du verre ». Une recherche d’équilibre née de la confrontation des matériaux et de leur association, par vissage ou encastrement. Si la collection a été réalisée « comme un hobby, pour penser à autre chose », elle fait évidemment écho aux principes constructifs utilisés par l'architecte dans certains projets. Et parmi eux, une future usine aéronautique prochainement livrée par l’agence à Toulouse confie Jean-Michel Wilmotte.

Une collection en résonance
Initiée conjointement par le galeriste Jean-Jacques Dutko et Jean-Michel Wilmotte, la collection, ode à l’imperfection des masses naturelles et à la précision des lignes manufacturées, s’inscrit en résonance avec l'œuvre de Jean-Pierre Pincemin. Contemporain de l’architecte qui le collectionne, le peintre se distingue par un travail des trames et des aplats nuancés. Une approche de la peinture moderne qui entre donc naturellement en dialogue avec Rockstone. Deux manières de concevoir les volumes, mais un même goût pour la création et ses déclinaisons. Forme d’évolution libre et intuitive de sa précédente exposition, Doppia V, la collection présentée jusqu'au 31 mai par l’architecte est avant tout le fruit d’une démarche prospective et intuitive de la matière. Une forme de cycle que Jean-Michel Wilmotte envisage de compléter avec une dernière collection dédiée à la roche et la couleur.
Exposition Rockstone by Jean-Michel Wilmotte à découvrir jusqu'au 31 mai 2026 à la Galerie Dutko, 17 quai Voltaire, 75007 Paris.

Jusqu’au 5 juillet, le musée La Piscine, à Roubaix, consacre une grande rétrospective à l’histoire de La Redoute. Une exposition qui retrace près de deux siècles d’histoire d’une marque devenue emblématique de la culture domestique française.
C’est à Roubaix, là où tout a commencé, que l’exposition « La Redoute, un temps d’avance. Mode, design, publicité » a choisi de revenir sur l’ascension de la maison fondée en 1837 par Joseph Pollet. Sous le commissariat de Karine Lacquemant, conservatrice des Collections d’art appliqués à La Piscine, Sylvette Lepers, Directrice des Partenariats Créatifs de La Redoute et Sandrine Teinturier, responsable des Archives à la Fondation Azzedine Alaïa, cette retrospective inédite retrace l’histoire de la marque, allant de la première filature de laine peignée dans les années 1830 jusqu’aux dernières créations de mode et mobilier. Pensée comme un récit chronologique, l’exposition rassemble à la fois objets de design, pièces de mode, catalogues, photographies et archives publicitaires, qui témoignent de l’évolution de l’enseigne au fil des décennies.

Roubaix, symbole de l’industrie textile
La première partie de l’exposition est consacrée à l’histoire de la création de l’entreprise et ses débuts. Installée à Roubaix, rue de la Redoute - qui donnera finalement son nom à l’entreprise -, la famille Pollet, alors propriétaire d’une filature de laine peignée, en fait rapidement sa spécialité. Très vite, la qualité de la laine roubaisienne se démarque et est vite mise en avant et reconnue au niveau européen, avant d’être finalement baptisée « capitale de la laine peignée » au début des années 1910. Quelques années plus tard, Penelope, le premier catalogue par correspondance dédié à la laine et au tricot à destination de la clientèle féminine, sera vendu. Le magazine, ancêtre du célèbre catalogue La Redoute, avait été pensé à l’époque afin de démocratiser l’accès à la mode par l’intermédiaire de la laine. Au sein de l’exposition, on trouve ainsi plusieurs archives de ces catalogues connus pour leurs motifs colorés, accompagnées de tricots, mailles et tricotions de l’époque, à l’effigie de la marque.

Une culture du quotidien
Dans la seconde partie de l’exposition, on aborde d’abord les années 1960-1970, à l’ère des Trente Glorieuses où la consommation est mise en avant. On y retrouve différentes pièces de mobilier notamment, de la table et chaise en Formica en passant par le tabouret d’Henri Massonet. Cet espace s’étend également jusque dans les années 1980, période de l’âge de la publicité, pour y présenter de nombreuses campagnes publicitaires iconiques.

Des collaborations d’exception
Au delà de sa connaissance en matière de textile, mobilier et campagnes de pubc, La Redoute s’est également distinguée par sa capacité à anticiper les évolutions de la création en faisant appel à des designers et à des créateurs de renom à de nombreuses reprises. Parmi eux, Karl Lagerfeld, Yves Saint Laurent, Jean-Paul Gaultier, Philippe Starck, Jean-Michel Wilmotte ou plus récemment Jacquemus ou Margaux Keller, qui ont tous pris part à l’histoire de la marque en imaginant des collections exclusives, qui sont toutes à (re)découvrir au sein de la dernière partie de l’exposition.

L’exposition met ainsi en lumière une marque qui n’a cessé de réinventer les codes du commerce et de la création pour une plongée dans la mémoire collective, où design, mode et culture populaire s’entrelacent. Plus largement, cette rétrospective dessine une histoire sociale : celle de l’émancipation des femmes, de la transformation des intérieurs et de l’accès démocratisé à la consommation, qui ne demande qu’à écrire son prochain chapitre.


Avec “La Pièce”, Beaubleu signe une collaboration inédite avec la Monnaie de Paris et livre une collection limitée façonnée par la technique du monnayage.
En s’associant à la Monnaie de Paris, la marque parisienne Beaubleu, fondée en 2017 et identifiable à ses aiguilles rondes, ouvre une nouvelle voie dans le savoir-faire horloger. Par la technique du monnayage, le cadran n’est plus assemblé, mais conçu comme une pièce frappée. La matière se creuse ou s’élève sous le choc, avant d’être gravée pour accrocher la lumière. Le cadran devient ainsi monobloc, délaissant les éléments rapportés au profit d’une surface unique traitée de diverses manières.
Pensée par le designer Nicolas Ducoudert, la collection se compose de deux modèles, La Pièce n°1 et La Pièce n°2, traduisant chacun une identité formelle différente. Le premier évoque un empilement de feuilles, structuré par des cercles non-concentriques qui suggèrent la course du soleil. Le second, quant à lui, pousse la complexité technique plus loin, avec des index usinés dans la masse et des finitions multiples sur un seul bloc, créant un contraste sophistiqué entre les surfaces. Dans les deux cas, le cadran s’impose comme un paysage miniature, animé par la “Seconde Volante”, signature de Beaubleu, qui survole la composition avec légèreté. Même la couronne, dissimulée à 3 heures, s’efface pour préserver la pureté visuelle. Avec ces designs alliant innovation et savoir-faire ancien, la jeune marque horlogère franchit un nouveau cap.
©Beaubleu x Monnaie de Paris

À l’occasion de Collectible Brussels, Fannie Tomas et Manon Viratelle présentaient un bureau pas comme les autres. Imaginé comme un espace de travail figé, l’espace regroupait les travaux de 33 designers réunies pour bousculer les codes du monde du travail.
« Ici, nous sommes dans un monde matriarcal dans lequel les minorités sont surreprésentées et les métiers du care sont non seulement mis en avant, mais également les plus rémunérateurs », annonce Fannie Tomas, co-curatrice de l’exposition Not(es) for later, aux côtés de Manon Viratelle. Effectivement, la proposition semble quelque peu utopique, mais c’est pourtant bien l’idée matérialisée à l’occasion de la Collectible Fair de Bruxelles. Réunissant 33 femmes artistes, reconnues et émergentes, les deux curatrices ont investi Cloud Seven. Créé en plein cœur de la ville par Frédéric de Goldschmidt, ce lieu hybride, à la fois espace d’exposition et lieu de coworking, a, pour l’occasion, fusionné ses usages pour devenir un lieu immersif. Ici, pas de cimaises blanches ni de passages dégagés. Au contraire, les tasses de café à moitié vides traînent çà et là, éparpillées entre les carnets de notes et les écrans allumés sur lesquels défilent les messages d’un monde nouveau. Un espace d’exposition dans lequel le visiteur est invité à déambuler, regarder et découvrir progressivement les 46 créations alternatives imaginées en écho aux notions de pouvoir, de hiérarchies, de dangers et d’invisibilisation.

Le détournement comme mot de désordre
Ici, tous les objets sont connus, mais rarement sous la forme présentée. Véritable lieu manifeste, l'endroit est peuplé de d'éléments de bureautique détournés, puisés parmi les créations des designers sollicitées pour ce projet. « Lorsque l’on demande à quelqu’un ce qu’il fait dans la vie, la réponse est généralement son métier. Aujourd’hui, le travail est une partie constituante de notre individualité, et c’est ce que nous voulions interroger par le biais du design en reconstituant un monde décalé », explique la commissaire Fannie Tomas, également chercheuse sur les questions de travail au centre d’art de l’ISELP à Bruxelles. C’est dans cette optique que l’exposition donne à voir des pièces surprenantes, à l’image de la souris d’ordinateur tissée par Josefine Dransfeld. « Cette designer allemande a mis au point un logiciel permettant de retranscrire une image en schéma que l’on peut ensuite réaliser en dentelle. L’association entre artisanat et design lui est venue car c’est un art typique du village de sa belle-famille, et cette découverte a inspiré son oeuvre. » Une réappropriation contemporaine d’une pratique, elle, plus ancienne, qui se retrouve également dans le travail de la designer Pauline Pastry. « Son père a longtemps travaillé en fonderie, et Pauline a été influencée par les vapeurs toxiques qu’il a inspirées et par cette notion de danger liée à son activité. Elle a donc imaginé un clavier en fonte d’aluminium brute sur lequel subsistent uniquement sept lettres : work die. » Une vision brutale du monde du travail à laquelle font écho le fauteuil de bureau de Lola Mayeras, recouvert de textile selon les codes du tailoring pour interroger les rapports hiérarchiques, mais aussi le tabouret d’Emma Cogné, recouvert de chutes de moquette caractéristiques des bureaux. Autant de propositions issues des vécus des artistes. Mêlant des regards très différents sur notre rapport au labeur, l’événement ne se revendique pas tant comme une exposition de design qu’un univers immersif alternatif et décalé. « Le ton employé est volontairement humoristique, mais c’est une manière de critiquer en creux les structures de travail de notre société », confie Fannie Tomas.
Un cadre amusant, certes, mais qui pourrait, à l’occasion, donner quelques bonnes idées…
Ci-dessous à gauche ©Luciana L.Schutz
Sur la table : lampe Optimus de laurence x marion, ciseaux de Olga Flor, suspension Lamp 01 de Zora Beyeler, tissage Weaving Code par Amandine David, bougie Emerging Absurdity de Yeonsu.
Sur le mur sculpture murale Mecane script de Maud Rondot, photographies Control room et Untilted de Luciana Schutz
Ci-dessous à droite ©Luciana L.Schutz
De gauche à droite : Lampadaire Radiante #2 de Honorine Pardon, Morph lamp de Prisca Razafindrakoto et sculpture Dots de Sophia Taillet

À Bruxelles, la foire Collectible Design s’impose comme l’un des rendez-vous majeurs du design contemporain. Dédiée à la création du XXIᵉ siècle, elle explore les frontières entre pièce fonctionnelle et objet de collection. Des expérimentations matérielles aux réinterprétations artisanales en passant par les recherches structurelles, retour sur quelques découvertes marquantes de cette nouvelle édition qui se tient du 12 au 15 mars 2026 à l'espace Vanderborght et dans quelques galeries.
Idéalement située au cœur de l’Europe, Bruxelles s’est imposée comme un carrefour du design international. Outre ses nombreuses galeries et ses rues pavées d’ateliers, la capitale belge accueille chaque année la foire Collectible Design, devenue l’une des nouvelles grandes messes du design contemporain. Rassemblant principalement des acteurs européens, cet événement consacré au design du XXIᵉ siècle tisse des liens entre objet fonctionnel et pièce de collection, incarnant une approche aujourd’hui indissociable : le collectible design.
Pour cette nouvelle édition, le salon affirme une ligne curatoriale fondée sur la confrontation des savoir-faire et des gestes créatifs en constante réinvention. Souvent incarnée par une certaine radicalité formelle ou matérielle, cette rencontre se déploie à tous les étages de l’Espace Vanderborght réparti en différentes sections. MAIN rassemble ainsi des galeries internationales autour de pièces majeures du design contemporain, tandis que BESPOKE offre une plateforme aux studios indépendants pour dévoiler des créations exclusives. NEW GARDE met quant à elle en lumière de jeunes galeries, collectifs et project spaces, là où ARCHITECT <=> DESIGNER souligne le rôle des architectes dans la conception du mobilier.
Nouvelle venue en 2026, la section TABLESCAPES explore l’art de la table comme espace de design et de sociabilité. Une manière de rappeler que le contemporain ne renvoie pas à une seule manière de penser ou de produire. La preuve également avec CURATED, un espace imaginé cette année par la curatrice Marine Mimouni autour du thème Echoes of Use. Un corpus riche en surprises et en découvertes, porté par une volonté de produire des objets esthétiques et souvent en résonnance avec les enjeux de notre époque.
Intramuros revient ici sur quelques pièces marquantes découvertes lors d’une déambulation frénétique et inspirante.
Studio Skipt chez Galerie Casa Sòler (France)
Fondé en 2020 à Argenteuil par Josselin Gerval, Baptiste Lavigne et Paul Lossent, le studio Skipt se distingue par une approche exploratoire du territoire. Exclusivement récupérés dans la proche banlieue parisienne où se situe l’atelier, les matériaux sont assemblés de manière instinctive, donnant naissance à un design à la fois futuriste et frugal. Présentées pour la première fois, les deux pièces s’inspirent du tabouret d’horloger et de la chaise de laboratoire BAO, renommée ici AOB. Ces réinterprétations constituent les premières typologies d’une collection plus étendue où devraient fusionner matériaux du quotidien et artisanat numérique. Une association à laquelle le studio consacre une part croissante de sa recherche depuis deux ans.

Altherr chez Second Nature Projects (Suisse)
La collection Succession est née lorsque les designers ont récupéré un lot d’anciens éclairages du tertiaire destinés à être jetés. C’est cette idée de seconde vie qui a donné son nom à la série, dont les pièces conservent encore les stigmates de leur existence passée : vis, pattes d’encastrement ou traces d’usage. Sorte de readymade contemporain, ces modules industriels sont transformés en objets minimalistes et sculpturaux. Ravivées par des couleurs vives issues du secteur automobile, ces modules développent une dimension presque totémique. L'équilibre entre leur ancienne fonction, symbole d’un cycle de consommation, et leur nouveau statut d’objet de collection éclaire la puissance du détournement.

Arnaud Eubelens chez Kammer Gallery (Allemagne)
Basé sur l’utilisation exclusive de matériaux glanés dans l’espace urbain, le travail du designer belge Arnaud Eubelen donne naissance à des pièces uniques souvent marquées par une esthétique inspirée des années 1970. Cette référence se retrouve notamment dans la structure visible et mobile de son fauteuil qui offre plusieurs positions à l’utilisateur. L’assemblage repose sur des éléments simples — tiges filetées et boulons — seuls composants neufs du projet. Cette construction filaire et légère s’inscrit dans une réflexion sur la durabilité et la réparabilité du mobilier. Présenté pour la première fois, ce fauteuil à l’apparence brute évoque certains mouvements pionniers du design moderne.

Joe Sterck (Belgique)
Fidèle à une approche qui part souvent d’une expérience radicale, le designer Joe Sterck entame ici un dialogue entre la forme, la fonction et la typologie. Artema est de fait une lampe pensée pour s’adapter à l’espace. Dotée de trois pieds en aluminium souple et surmontée d’un simple abat-jour en origami issu d'une feuille format A3, cette création aux allures insectoïdes se veut pérenne. Son adaptabilité aux espaces et interchangeabilité de l'abat-jour en témoignent. Une réflexion sociale et démocratique où la simplicité va de pair avec l’accessibilité.

Max Milà Serra chez Vasto (Espagne)
Inspiré à la fois par la nature et par les structures issues de l’ingénierie, le designer Max Milà Serra joue sur les changements d’échelle pour développer un univers quasi-scientifique. Fasciné par les limites structurelles, il conçoit ses luminaires, dont Grimshaw, comme de petites architectures prospectives. En miniaturisant ce qui est habituellement monumental, il fait ressortir les câbles, les articulations et les composants habituellement dissimulés. Une sorte de mise en scène poétique (et à certains égards robotoque) des forces physiques qui structurent notre quotidien.

Dans la section Curated
1.1 Side Table par Silvia Sukopova (Slovaquie)
Il est bien plus simple de modifier l’échelle d’un objet dans un environnement numérique que dans la réalité. Ce constat est au cœur de la 1.1 Collection qui explore les liens entre l'impression 3D et les matérialités. Pour cette pièce, elle est partie d’un jouet d’enfant agrandi jusqu’à atteindre la taille classique d’un meuble. Ce changement d’échelle révèle les déformations et axes de construction de l’objet miniature. Transformé en un archétype géant, le guéridon adopte une forme légèrement déséquilibrée, presque tordue, qui obligatoirement interroge l'utilisateur. Un sentiment renforcé par le choix d'une surface feutrée obtenue par projection électrostatique de fibres.

Invert Sofa par Alan Prekop et Sebastian Komacek (Slovaquie)
Habitué à travailler l’acier inoxydable comme élément structurel, le duo propose ici une approche radicale : extraire la structure interne pour en faire l'élément visuel principal. Une idée survenue après une mauvaise opération de cintrage ayant entrainée des plis sur les tubes. Ici le coussin en latex ne soutien plus le corps humain mais épouse la forme de l'assise passant du rôle d'élément de confort au rôle de fondation. Une inversion qui fait évidemment perdre à l’assise un peu de son confort, mais au profit d'une nouvelle dimension émotionnelle. À travers ce dialogue, INVERT explore la tension entre la matière et le sens.

Flare 09 par Studio Douze Degrés (France)
Initialement inspirée d’une scénographie conçue à partir de lentilles optiques pour un concert du label Cercle, la lampe Flare - disponible en format à poser ou lampadaire - évolue aujourd’hui vers une version mobile : Flare 09. Cette déclinaison conceptuelle reprend les éléments constitutifs de la première proposition mais en change l’échelle en multipliant les modules. Plus clairement inscrite dans le champ du collectible design, cet ovni très scénographique invite à ralentir le temps au rythme de la réduction des bougies et des halos lumineux. Le projet est auto-édité est réalisé avec le savoir-faire d’une des rares usines encore spécialisées dans la fabrication de lentilles optiques sur mesure.

Crown of Thorns Stool par Benjamin Graham (États-Unis)
Inventée en Europe du Nord, la technique dite de la couronne d’épines permet l’assemblage de carrelets de bois selon un principe modulaire sans fixation. Presque disparue aujourd’hui, elle est remise à l’honneur par le designer. Formé à cette technique par un artisan du Colorado, il s’est intéressé à la transposition du treillis qu’elle forme pour l'amener dans le champ du design contemporain. Ce travail de recherche a donné naissance à un tabouret composé de 465 éléments, auquel s’est ensuite ajoutée une table basse en verre. Au-delà de la valorisation d’un savoir-faire traditionnel, la pièce démontre comment la réarticulation de deux matériaux peut transformer radicalement l’esthétique d’une composition.

Shelf3000 Light par Franz Ehn (Autriche)
Interprétation minimaliste de la typologie de l’étagère, cette pièce issue de la série 3000 a été imaginée comme un témoin silencieux de notre époque. Le verre trempé permet à la structure de s’effacer au profit de l’acier, à la fois matière structurelle et ornementale. Les objets ne sont plus dissimulés mais mis en scène. Le paradigme décoratif évolue pour laisser l’étagère devenir un dispositif qui révèle ce qu’elle accueille plutôt qu’un meuble dissimulateur qui s’impose visuellement.

Dans la section Tablescapes
Studio DO (Belgique)
Fondé à Anvers par Dana Seachuga et Octave Vandeweghe, le studio développe une approche brute et intemporelle. Son travail propose ici un dialogue direct entre arts de la table et histoire de la sculpture sur pierre. Les pièces — gobelets, carafes, tables de cocktail ou assiettes — naissent de fragments architecturaux récupérés comme des pavés, des appuis de fenêtres en pierre bleue ou des éléments décoratifs abandonnés. Ces modules fonctionnels, mais souvent invisibilisés dans l’architecture, retrouvent une nouvelle vie grâce à des interventions minimales comme le sciage ou le perçage. Des opérations qui peuvent évoquer les vestiges d’un paysage romantique.

In Layers par OOG Objects (Pologne)
La collection In Layers repose sur une exploration du verre par superposition de strates. Basée à Cracovie, Alicja Hajkowicz-Rudzka développe une identité fortement liée au processus. Plusieurs bulles de verre soufflé sont formées séparément puis assemblées à chaud, sans colle ni fixation, grâce au travail simultané de quatre artisans. Le verre opalin choisi permet de rendre visibles distinctement les différentes couches de l'objet. Ainsi, les volumes se superposent structurellement et visuellement, révélant l’irrégularité des formes et la densité du matériau.

Persona par Mila Zila (République tchèque)
Basée en République tchèque, la designer et artiste Ludmila Zilkova explore le verre comme matériau sculptural, à la frontière entre collectible design et art contemporain. Dans cette série, elle transforme des objets du quotidien comme des vases, des couverts, ou des verres en formes expressives. Les propriétés physiques du matériau jouent un rôle central permettant à la gravité de former comme déformer chaque pièce en fonction de la viscosité et chaleur. L'objet devient ainsi le résultat d’un dialogue entre transformation matérielle, identité et tradition verrière locale.

L'exposition est visible à l'espace Vanderborght du 12 au 15 mars 2026, Rue de l'Ecuyer 50. Bruxelles 1000. Belgique.

Au défilé Renault – The Carwalk, sur les Champs-Élysées, l’exposition « Pop Art Car » explore jusqu'au 26 avril, la rencontre entre culture populaire, art urbain et design automobile. Entre œuvres historiques et show-cars expérimentaux, la voiture y apparaît moins comme un objet technique que comme une image, un symbole et un support de création.
Depuis les années 1960, la voiture occupe une place singulière dans l’imaginaire visuel contemporain. Le Pop Art, en s’emparant des objets du quotidien, l’a transformée en motif graphique et en symbole de modernité. Héritier direct de cette culture visuelle, le street art prolonge aujourd’hui ce dialogue avec la ville, les images et les mythologies industrielles, mis en scène par l’exposition « Pop Art Car ». Ainsi, des figures majeures du Pop Art et de l’art contemporain tels que Victor Vasarely, Erró ou Arman côtoient des artistes issus de la scène urbaine comme Invader, D*Face ou John « Crash » Matos. Les œuvres exposées interrogent la manière dont l’objet automobile, omniprésent dans l’espace public, peut devenir icône culturelle, matière plastique ou surface narrative.

Entre design, objet et sculpture
Au-delà des œuvres exposées, « Pop Art Car » s’étend aux véhicules eux-mêmes, qui deviennent des objets de design à part entière. Plusieurs show-cars installés sur la rampe du défilé dessinée par l’architecte Franklin Azzi, prolongent cette réflexion. Le concept Suite N°4 imaginé par Mathieu Lehanneur transforme la Renault 4 en architecture mobile, tandis que Pierre Gonalons revisite la Renault 5 comme un bijou roulant aux accents seventies. Plus sculpturale, la reinterprétation de la Twingo par Sabine Marcelis joue avec la lumière et la transparence, faisant de la citadine un objet presque lumineux.

Dans cette mise en scène où se croisent designers, artistes et ingénieurs, la voiture apparaît comme un territoire hybride : à la fois produit industriel, objet culturel et support d’expérimentation esthétique. Une manière de rappeler que le design automobile participe pleinement à la construction de notre paysage visuel contemporain.

Du 6 au 9 mars, le salon Matter and Shape a de nouveau investi les Jardins des Tuileries, en plein cœur de Paris.
Devenu un rendez-vous incontournable de la scène design depuis sa création en 2024, le salon Matter and Shape était de retour à Paris pour une 3e édition, pour laquelle plus 70 marques et créateurs ont répondu à l’appel. Découvrez 5 marques et studios qui valaient le détour.
Unknown, Untitled
Fondé il y a 10 ans, le studio Unknown, Untitled participait pour la seconde fois à Matter and Shape. Après une première édition marquée par les UU Tiles depuis largement médiatisée, le studio dont l’approche globale passe par le conseil et l’image de marque, présentait cette année Rubber & Glass. Conjuguant le verre et l'élastomère pour sa matérialité plus que ses spécificités techniques, le studio livre un ensemble tout en contraste. Notion motrice de ce projet, celle-ci propose une lecture hybride de ce petit salon, transparent autant que opaque, souple autant que cassant. Ici, les lignes épurées du noir rappellent une certaine simplicité japonaise alors même que la mise en scène trouve une résonnance avec les codes automobiles. Les assises se muent en ailerons, le miroir laisse entrevoir l’idée d’un essuie-glace duquel se propage un halo de lumière, tandis que le vase et son petit miroir d’eau rappellent la forme d’un rétroviseur. Autant d'évocations rappelant de par cette opposition, un quasi-lieu de culte.

Bang & Olufsen
Invitée à sonoriser l'espace déjeuner à la manière d’un restaurant lounge et informel, Bang & Olufsen dévoilait dans le même temps la Première. Une barre son inscrite dans la quête d’excellence de la marque sur le plan acoustique - décodeur Dolby Atmos 7.1.4 - et stylistique. Réalisée avec les experts de la Factory 5 à Struer, au Danemark, l’enceinte se distingue par la finesse de sa silhouette monobloc en aluminium sculptée, surmontée d’un tweeter imaginé comme un bijou. Doté de 10 haut-parleurs - et d’un supplémentaire orienté vers le haut pour accroître la profondeur du champ sonore -, l’enceinte fait la part belle à une esthétique rétro futuriste assumée. Percée de 1 925 trous en hommage à la date de création de la marque, elle intègre en son sein 90 LED permettant à l’objet d’évoluer au gré des réglages. Limité à 25 exemplaires, l’objet disponible en Aluminium, Gold Tone ou Black Anthracite était présenté aux côtés du casque Beoplay H100, de l’enceinte Reloved et de la platine Beogram 4000C, tous mis à disposition des visiteurs.

Axel Chay
Entouré par sa compagne, Mélissa Chay, directrice artistique du studio, et son frère Aimeric, artisan, le designer Axel Chay présentait pour la première fois sa collection Voyage. Dernière en date, celle-ci se concentre sur l’arrivée de lignes plus tendues et anguleuses, marquant une évolution stylistique. Omniprésente, la notion d'exotisme s’inscrit comme un fil rouge reliant esthétiquement le zebrano, un bois rare et nervuré, et l’inox. Utilisé brut, ce dernier fait écho à l’acier, matière première du créateur connu à l’origine pour ses pièces tubulaires aux couleurs acidulées. Un volet depuis refermé, mais dont l’approche visuelle et rétro demeure.

studiososlow
Fondé en 2020 par Ge Shenjun et Li Yuchen, studiososlow est un studio multidisciplinaire chinois basé à Shanghai qui explore les couleurs, les matériaux et les sensations du quotidien à travers des projets de direction créative, design produit et scénographies. Sur le salon, ils présentaient la série Kite, qui s’inspire du savoir-faire des artisans de Weifang, réputés pour leurs cerfs-volants en bambou chauffé et assemblés avec des fils de coton. Le papier de coton blanc, très translucide, est associé à un papier filigrané orné de fleurs de prunier, dont les motifs embossés au laser révèlent de délicates ombres florales lorsque la lampe est allumée, disponible en applique, lampe de table et lampe à poser.

Petite Friture
L’éditeur français a invité la designer textile néo-zélandaise Grace Atkinson à dialoguer avec la collection Sandows de René Herbst, créée dans les années 1930 et récemment rééditée par la marque. La créatrice a choisi de répondre à cette invitation avec l’œuvre textile One One Four, pensée en écho avec la chaise longue Sandows n°114. Réalisée à partir de tissus Kvadrat et Sahco, l’installation a été développée directement sur la chaise longue, en laissant la tension et le mouvement des étoffes guider la forme, pour un rendu tout en poésie.

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Created by Kasper Salto for the Louisiana Museum of Modern Art in Humlebæk, Denmark, the Vind collection marks a new chapter in the long-standing collaboration between the Danish designer and Fritz Hansen. It is a discreet, sophisticated outdoor collection designed to last and blend seamlessly into the landscape.
Derived from the Danish word for "wind," the Vind series draws inspiration from maritime architecture and the natural forces that shape the coastline of the Louisiana Museum of Modern Art in Humlebæk, Denmark. Designed specifically for the museum's outdoor spaces, this furniture collection by designer Kasper Salto embodies a design approach that is humble, functional, and deeply rooted in its context. "The Vind chair is a tool for sitting, not a work of art. It is designed to serve people well, like a discreet host.", the designer explains. The collection favors a calm, almost silent expression, where every detail serves a purpose.

The precision of a discreet touch
The powder-coated aluminum frames—lightweight, durable, and recyclable—ensure strength and longevity, while the seats, hand-woven from nearly 150 meters of polyester rope, provide texture and comfort. This craftsmanship requires up to four hours per piece, giving each seat subtle variations and revealing a mastered balance between industrial precision and the human touch. The Vind collection extends the legacy of the ICE™ chair, designed by Salto for the museum café in the early 2000s, while responding to the spirit of our time: one of sustainability, simplicity, and "less but better." Comprising an armchair, a chair, and a table, the series naturally finds its place in gardens, on terraces, and in reception areas without ever competing with its surroundings. It is a perfectly balanced presence, designed to complement the landscape rather than dominate it.

To mark the opening of its new space on Rue de Seine, Pulp Galerie is presenting an exhibition dedicated to the radical German collective Pentagon Gruppe.
Five designers, one singular perspective: the radicality of the object. For the opening of its new showroom, Pulp Galerie, founded by Paul Ménacer-Poussin and Paul-Louis Betto, is showcasing the German collective Pentagon Gruppe until March 21. Comprising Gerd Arens, Wolfgang Laubersheimer, Reinhard Müller, Ralph Sommer, and Meyer Voggenreiter, the group champions the aesthetic of the unfinished. Founded in 1985 in Cologne at the height of the Cold War, Pentagon Gruppe was built on the belief that design could spark a revolution. At a time when the artist was largely overlooked and the synergy between industry and design was far from the Italian model, these creators went against the grain of their era. Disregarding the functionalism and formal sobriety inherited from the Bauhaus, the studio prioritized ideas over comfort. The object had to be a manifesto, and radicality was that manifesto. With massive, heavy pieces, visible scratches, and intentionally raw welds, the concepts conveyed were meant to be visible and inherent to the objects themselves. The structure commands attention, much like Wolfgang Laubersheimer’s Seerose sideboard, crafted from steel and raw lava stone.

A desire to push boundaries
While the collective remains unclassifiable—though objectively driven by a radicality where style dominates all else—the exhibited pieces hint at the concept of movement. This omnipresence is particularly evident in the Folding bed, which adopts Jean Prouvé’s compass structure, the Shelf Unit for Cheap Glasses on casters, and the Mai 68 magazine racks, which serve as clear material transpositions of the instability reigning in France at the time. These are all references to the industrial sector. Yet, this notion also takes on a more poetic form. From the miniature stream watering the plants on the imposing Amazonia table made of Ruhr stone, to the Voyage à Milan mobile pendant light featuring a circling train, movement reflects the studio’s total creative freedom, expressed through cold materials and rigid volumes. This approach came to an end after only a decade of activity, when an ambitious project for an itinerant, robotic artist’s café led Pentagon Gruppe to bankruptcy. It was a total and radical adventure in every sense, which Pulp Galerie invites you to discover through a selection of around twenty objects.
The exhibition Pentagon Gruppe: Silent Brutality is on view until March 21, 2026, at Pulp Galerie, 30 Rue de Seine, in the 6th arrondissement of Paris.


Pierre Castignola presents Unwanted Guest, a furniture collection crafted from deconstructed Pierre Paulin chairs.
Beneath the silver ceiling of the ITEM IDEM gallery—a sort of Warholian factory where creations by Castiglioni and Sottsass sit side-by-side on Starck shelves—Pierre Castignola presents his second solo show. It is a natural fit for a designer influenced by Italian radical design and interested in semiotics. True to his deconstructivist approach, he presents Unwanted Guest, an exhibition whose title evokes "the idea of a respectful subversion of the original work". For this occasion, the Tango chair designed by Pierre Paulin has been cut up and reassembled. Following in the footsteps of the Fauteuil 300, the first monobloc chair released in 1972, the Tango quickly became a staple of our summer landscapes. "I salvaged 39 of these chairs during the renovation of a swimming pool in Geldrop, in the suburbs of Eindhoven where I studied. I really liked their red color, but they sat in my studio for a long time without me knowing how to use them. Then one day, I decided to take four of them, cut them up somewhat randomly, and see what happened," explains Pierre Castignola. A radical approach that gave birth to the first of the 21 pieces that make up the collection. "My first solo show focused on the living room. For the second, I wanted something different, and since I consider myself, in a way, an involuntary guest in Pierre Paulin's world, the guest room came to me quite naturally, leading to several objects ranging from a chandelier to a foosball table."

A Re-cut Legacy
Neither a true homage nor a total break from Pierre Paulin’s work, Pierre Castignola offers a reinterpretation of the original furniture in the form of "countless variations." As an intentional transition from mass production to unique pieces, the designer also takes the opportunity to rethink his process. "I usually work with flexible plastic. However, this material is 3 to 4 millimeters thick, and its rigidity forced me to rethink my approach." Beyond the characteristic look of his objects, the designer delivers a collection where angles become sharper and curves are dictated more by the limitations of the plastic. "To make the armchair, I only used cut-out seat sections, whereas the stool is made entirely of armrests." These groupings by similarity make the designer less of "a shaper and more of a selector" guided as much by his imagination as by constraint. A structural peculiarity that also led the designer to reflect on Pierre Paulin’s legacy. "Someone once explained to me that Pierre Paulin made extensive use of tubing in his frames. It’s something I’ve adopted here to graft on my own approach and create something new, yet resonant." A confrontation between two worlds, as much as between two radically opposed eras.
Pierre Castignola’s exhibition Unwanted Guest, on view at ITEM IDEM, 12 rue Bleue, Paris, 9th arrondissement, from March 4 to April 12, 2026.

En collaboration avec Monde Singulier, BD Barcelona réédite la collection de mobilier conçue par Antoni Gaudí pour la Casa Calvet et la Casa Batlló entre la fin du 19e et le début du 20e siècle. Entre rigueur structurelle et élans organiques, ces pièces historiques, reproduites à l’identique en chêne massif, réaffirment la modernité radicale d’un créateur pour qui architecture et design ne faisaient qu’un.
En relançant la Gaudí Collection, BD Barcelona remet en lumière un pan essentiel de l’œuvre d’Antoni Gaudí : son mobilier. Souvent éclipsées par la puissance iconique de ses bâtiments, ces pièces conçues entre 1898 et 1906 témoignent pourtant d’une vision totale, où chaque détail participe d’un même souffle créatif. Chaises, bancs, tabourets, portemanteau, miroir ou poignées de porte prolongent l’architecture dans l’espace domestique avec une cohérence rare.

Dès la Casa Calvet (1898-1899), première grande commande résidentielle de l’architecte à Barcelone, Gaudí dessine un ensemble de meubles en chêne pour les bureaux du rez-de-chaussée. Deux ans plus tard, il transforme la Casa Batlló (1904-1906) en manifeste organique et conçoit pour la salle à manger un mobilier sculptural devenu emblématique. Ces créations, aujourd’hui conservées au musée Gaudí du Park Güell, trouvent avec BD une nouvelle vie à travers des reproductions fidèles, réalisées selon les méthodes artisanales d’origine en chêne massif verni.
L’organique comme structure
Chez Gaudí, la ligne n’est jamais décorative : elle est constructive. Les dossiers se déploient comme des vertèbres, les pieds s’élancent tels des membres, les accoudoirs s’enroulent avec la tension d’un muscle. La célèbre Calvet armchair, assemblée à partir de cinq pièces formant un “cou” épais, des poignées arquées et un dossier en cœur, incarne cette synthèse entre expressivité et stabilité.

Le Calvet stool, tripode et compact, joue d’une présence presque zoomorphe, tandis que le banc Calvet développe une structure fluide ponctuée de motifs floraux sculptés. À la Casa Batlló, la chaise et le banc adoptent des courbes plus osseuses encore, en écho aux balcons ondulants et à la toiture évoquant l’échine d’un dragon. L’assise, creusée avec précision, offre un confort surprenant, preuve que l’ergonomie occupait déjà une place centrale dans la réflexion du maître catalan.

L’exactitude comme hommage
BD est la première marque à rééditer ces pièces historiques, en respectant scrupuleusement matériaux et techniques traditionnelles. Chaque meuble est réalisé en chêne massif verni, numéroté et accompagné d’un certificat signé par le directeur de la Cátedra Gaudí garantissant son authenticité. Mais cette fidélité n’a rien de nostalgique. Elle rappelle au contraire combien ces formes demeurent actuelles. À l’heure où le design contemporain revendique organicité, expressivité et hybridation des disciplines, le mobilier de Gaudí apparaît d’une modernité intacte. Plus d’un siècle après leur conception, ces meubles ne relèvent ni du pastiche historique ni de la simple réédition patrimoniale : ils s’imposent comme des objets manifestes, où artisanat, sculpture et fonctionnalité s’équilibrent avec une audace toujours contemporaine.


L’architecte français Christian de Portzamparc signe une troisième boutique pour Dior. Un projet inscrit dans la continuité de deux autres espaces de vente, mais repensé pour s’intégrer en plein cœur de la capitale chinoise.
« J’ai fait ces bâtiments dans un esprit de collectionneur. » Après Séoul en 2015 et Genève il y a deux ans, Christian de Portzamparc livre à Pékin sa troisième boutique pour Dior. Fruit d’une rénovation, cette dernière s’inscrit dans la continuité stylistique de ses deux consœurs coréenne et suisse. « L’idée m’est venue lors de la conception du premier projet. Sidney Toledano et Bernard Arnault m’ont appris que Christian Dior travaillait à partir de grandes toiles blanches suspendues, qu’il sculptait directement pour créer ses volumes. » Une image fondatrice transposée à travers des monolithes de résine toujours réalisés en chantier naval, mais constamment redessinés selon leurs destinations.

Une réflexion architecturale globale
« Pour moi, la question de l’architecture est intimement liée à celle du contexte, du site », affirme l’architecte. Implanté en plein cœur d’un complexe dessiné par Kengo Kuma, ce flagship, l’un des plus grands de la marque, s’inscrit dans une vaste place réunissant plusieurs pavillons de luxe et ceinturée par un long rideau de verre à la trame irrégulière. « L’espace dans lequel se situe le projet est tellement vaste que n’importe quel bâtiment y trouverait sa place et formerait une unité. C’était l’un des avantages. » Une interprétation de la ville et du contexte qui n’a rien d’anecdotique. « À Séoul et Genève, les bâtiments étaient situés à des intersections ; à Pékin, il s’agit d’une place. Cela change tout. » Le projet genevois, marqué par un équilibre entre verticalité, largeur et ouvertures, ne pouvait être transposé tel quel. « À Pékin, le bâtiment devenait trop large et visuellement insupportable. Nous avons donc décidé de déplacer les montants verticaux dans les angles du bâtiment et d’introduire des briques de verre. » Une évolution respectueuse de l’image de marque véhiculée par l’architecture, mais transposée à un site particulier.

Une superposition de styles
Pour comprendre le bâtiment, il faut en saisir la constitution. « Ici, nous avons trois enveloppes distinctes. La plus visible et peut-être la plus virtuelle, est celle des pétales ou des cariatides. La seconde est la paroi dorée en briques de verre. Derrière se trouve une troisième peau, semblable à une toile de Mondrian, en acier et en verre. » Une superposition en écho à la vision de l’architecte selon qui l’art doit avoir sa place. « Mis van der Rohe disait : “Je ne cherche pas à être intéressant, je cherche à être juste.” Ici, j’aurais pu être juste simplement avec la couche interne, mais de mon côté, je cherche à susciter un certain intérêt, la curiosité de regarder et comprendre. » Mais outre l’aspect manifeste de la construction, l’architecte joue également avec les différentes peaux pour générer des jeux de lumière et de transparence offerts par les volumes courbes des montants verticaux. « Je parle des cariatides en écho à l’architecture antique. Ce qui est beau dans les temples grecs, c’est la notion d’espacement entre les éléments. C’est cette idée de plein et de vides, et le détachement des formes. Ici, les écarts sont très faibles entre les éléments, mais comme ils sont bombés - à la manière de l’entasis chez les Romains - cela dégage une certaine profondeur. » Une impression renforcée par la toiture carrée, introduite initialement à Genève, et affirmant l’appartenance du bâtiment à la rue, à sa discipline. « Tout est une histoire d’équilibre. Il fallait que mon architecture exploite correctement la surface commerciale tout en offrant une sensibilité particulière à la construction lorsqu’elle est vue de l’extérieur. Et c’est encore plus flagrant la nuit, lorsque la lumière de l’intérieur se diffuse dans les courbes de la résine et vient donner vie à l’édifice » affirme Christian de Portzamparc.

Pensé d’abord comme un geste architectural autonome, le bâtiment a été conçu indépendamment de son aménagement intérieur, réalisé dans un second temps. Néanmoins, la disposition des cariatides dans les angles permet à la lumière de pénétrer naturellement dans l’édifice. « Je suis convaincu qu’il y a un véritable besoin d’ouvertures vers l’extérieur dans un bâtiment. C’est important de savoir où l’on se trouve vis-à-vis de l’extérieur. Je crois que c’est une forme d’élargissement de la conscience » conclut l’architecte.


Avec Project 03, Modulnova prolonge son vocabulaire architectural à l’extérieur. Grâce à la collection Blade Outdoor, la marque transpose la rigueur formelle et l’exigence matérielle de la cuisine contemporaine dans un paysage ouvert, où acier inoxydable, lignes nettes et proportions maîtrisées redéfinissent l’art de vivre au grand air.
Avec Project 03, Modulnova poursuit son exploration d’un habitat décloisonné avec Blade Outdoor, une collection pensée pour abolir la frontière entre intérieur et extérieur. Plus qu’un simple prolongement, la cuisine s’affirme comme un élément central en plein air qui agit comme un espace naturel, harmonieux et contemporain, conçu pour cuisiner, partager et vivre ensemble au rythme de la lumière et des saisons. Lignes épurées, volumes mesurés, proportions justes : chaque élément participe d’un équilibre entre rigueur formelle et esprit décontracté propre aux espaces extérieurs. Blade Outdoor dialogue ainsi avec l’architecture et le paysage, dans une continuité visuelle et fonctionnelle.

Un système mono-matériau à l’épreuve du plein air
Au cœur du projet, la porte Blade en acier inoxydable AISI 316, associée à un panneau en nid d’abeille en aluminium, conjugue légèreté structurelle, robustesse et stabilité, idéales pour les terrasses, vérandas ou abords de piscine. La structure interne, les éléments bas, le plan de travail en inox avec évier intégré composent ainsi un système cohérent, où la précision des finitions et la qualité des matériaux traduisent l’exigence technologique de la marque. Les plaques de cuisson autoportantes Mate - en induction, teppanyaki et barbecue - sont installées directement sur le plan et permettent d’élargir les usages et transforment la préparation des repas en une expérience conviviale.

Dans cette vision élargie de l’habitat, la cuisine devient un lieu ouvert et polyvalent à travers lequel le design accompagne les gestes du quotidien sans ostentation. Modulnova affirme ainsi une conception où projet, nature et confort coexistent pour former un équilibre fidèle à son approche contemporaine.

Erwan Bouroullec dévoile Music Studio 5 et Music Studio 7. Deux enceintes filaires développées pour Samsung et imaginées pour s’intégrer dans n’importe quel espace de vie.
« Mes créations sont principalement des meubles, c’est-à-dire des typologies figées, la notion de mouvement peut parfois me manquer. Avec Samsung, qui est une marque technologique, on avance avec l’idée d’une mutation civilisationnelle et c’est assez différent », entame Erwan Bouroullec. Habitué à collaborer avec la marque coréenne, le designer livre Music Studio 5 et Music Studio 7. Deux enceintes dotées d'une connectivité Wi-Fi et pour le second modèle, d’un aspect plus monolithique, de haut-parleurs gauche, avant, droit et orientés vers le haut, offrant un son spatial tridimensionnel. Un projet qui fait écho à la télévision The Serif, livrée en 2016 avec son frère Ronan. Une pièce alors très novatrice et considérée, du haut de ses quatre longs pieds, comme « le téléviseur idéal pour les clients Samsung qui ne voulaient pas de télé », explique Guillaume Rault, vice-président Samsung France Electronics. Un petit paradoxe qui marquait l’arrivée d’une vision lifestyle chez Samsung. « L’idée était de penser des objets qui s’intègrent facilement dans les intérieurs et privilégient la qualité de vie des occupants. Dans cette démarche, la télé Frame a eu un gros succès, et les enceintes s’inscrivent dans cette continuité », explique le designer.

Une enveloppe universelle
« Samsung a une immense histoire manufacturière. La marque a commencé en créant des radios et des frigos et n’a cessé de s’étendre. Aujourd’hui, il y a un objet de la marque dans chaque maison, de Rio de Janeiro à Montélimar ! » Un constat dont a découlé un évident besoin d’universalité. Pour y répondre, Erwan Bouroullec combine deux géométries : un cercle et un cône. « Je suis né à la campagne et, lorsque j’étais jeune, j’écoutais beaucoup de musique. Ces formes sont simplement celles que l’on retrouve sur les grosses enceintes lors des concerts. » Une sorte d’évidence qui l’amène à trouver le dessin presque instinctivement. « Je n’aime pas ce qui est disruptif. La voix est une chose très ancienne, comme la musique, et il ne fallait pas tout réinventer, mais simplement venir créer une enveloppe adaptée. Dans les enveloppes, on transporte beaucoup de signes qui influencent notre ressenti. Par exemple, si vous mangez dans une assiette qui n’est pas très belle, le repas vous paraîtra moins bon. C’est la même chose ici », explique le designer qui souhaite dépasser l’hypercontemporanéité des formes. « Je pense qu’il y a quelque chose de très darwiniste dans le design. Les choses ne viennent pas de nulle part et c’est mon rôle, en tant que designer, d’enlever ce qui n’est pas nécessaire pour permettre à l’objet de s’intégrer dans tous les intérieurs, qui sont des univers riches et donc complexes. » Une réflexion qui le pousse à travailler avec des codes connus : la façade en métal perforé pour le devant et une coque en plastique aux traits tirés minimalistes pour l’arrière.

Le design en guise de première étape
« Chez Samsung, nous n’avons jamais vraiment su comment s’équilibrent le design et la technologie, explique Guillaume Rault. Néanmoins, nous cachons de plus en plus cette dernière au profit du design, car c’est lui qui détermine notre affection pour l’objet. » Ici, ce n’est donc pas la technologie qui a conditionné l’apparence, mais l’inverse. « Les ingénieurs du Samsung Audio Lab, basé en Californie, se sont adaptés à la forme pour développer le système interne. Et l’enceinte a de minimaliste que l’arrière arrondi de la Music Studio 5 épouse presque parfaitement le profil du haut-parleur », analyse Erwan Bouroullec. Une ergonomie qui ne passe ni par la maniabilité de l’enceinte ni par sa miniaturisation, mais par l’interaction entre sa taille, son volume, son poids et sa puissance. « Music Studio 5 et Music Studio 7 sont ergonomiques vis-à-vis de ce qui les entoure. Il ne s’agissait pas de faire l’objet le plus léger ou le plus petit, mais de créer une véritable atmosphère. » Une question relative à l’environnement de l’objet et, de fait, au besoin d’universalité. Car, aussi invisible soit-il, le son demeure porteur d’émotions, et c’est donc tout naturellement que l’enceinte, même éteinte, doit accompagner ce ressenti.

Imaginées par le designer Christophe Pillet, les collections Lodge, Vista & Betsy affirment une vision sensible et architecturée du mobilier d’extérieur.
Pour ses nouveautés outdoor 2026, la marque italienne Ethimo a de nouveau fait appel à Christophe Pillet pour imaginer les collections Lodge, Vista et Betsy. Des pièces maitrisées aux lignes justes et aux proportions équilibrées qui offre une vision cohérente de l’extérieur comme prolongement naturel de l’architecture et de l’art de vivre.
Une élégance durable
Avec Lodge, la marque italienne et le designer ont imaginés un système lounge aux proportions généreuses, où la rigueur des structures métalliques dialogue avec la chaleur du teck et la douceur des textiles outdoor. Une collection composée d’un fauteuil, d’un bain de soleil, d’un canapé, d’une table basse et éléments d’appoint pensés pour s’adapter aussi bien aux terrasses urbaines qu’aux grands espaces ouverts sur la mer.

La chaise Vista quant à elle, prolonge cette recherche d’équilibre grâce à ces lignes nettes, presque modernistes, mais jamais froides tandis que les matières, sélectionnées pour leur résistance et leur patine, inscrivent chaque pièce dans le temps long.

Enfin, la collection Betsy, plus expressive, introduit une note de caractère. Ces assises enveloppantes et structures élancées revisitent l’esprit des chaises d’atelier dans une version outdoor raffinée où jeux de couleurs, textures et finitions révèlent une collection à la fois fonctionnelle et chaleureuse.


Le designer Alain Gilles présente la collection Dialog. Des tables basses dessinées pour évoquer le déséquilibre.
Basculeront-elles un moment ? La réponse est non. C’est pourtant toute l’impression dégagée par la collection Dialog du designer français Alain Gilles pour la marque croate Milla & Milli. Réalisée en chêne massif, la table d’appoint a été imaginée autour de l’idée de déséquilibre. Une impression suscitée par la combinaison d’une base parallélépipédique et d’une tablette encastrée aux courbes douces. Assemblée en débord, cette dernière est stabilisée par un lourd piètement monolithique.

Avec son veinage légèrement creusé, la partie basse s’oppose au plateau lisse. Un dialogue entre deux matérialités et deux approches formelles au sein d’un même objet. Disponible en trois dimensions et en bois teinté noir, ce petit meuble trouve sa place en bout de canapé autant qu’en sellette basse.
Un ADN stylistique étendu à une gamme de tables basses nommées Edge, reprenant la même logique de construction. Également disponibles entre trois diamètres et deux hauteurs différentes, les tables peuvent se superposer renforçant l’idée d’équilibre !